26/08/2010

Taguieff (further)

CHAPITRE   12 Le nouveau régime des accusations antijuives

 

(p.363) Dès la fin des années 1960, dans la rhétorique « antisioniste », l'accu­sation de « génocide » s'ajoute à celles de « colonialisme » et de « racisme » et, bien sûr, d'« impérialisme », présentes dans le discours palestinien de propagande dès ses premières esquisses, dues au travail préparatoire des réseaux du mufti Haj Amin al-Husseini et des « nazis du Caire », dont Johann von Leers (« Omar Amin»), l'un des plus actifs1. En Europe, certains milieux négationnistes d'extrême droite apportent leur pierre à l'édifice « antisioniste », notamment à l'époque de la guerre des Six-Jours, par un double argument : alors que la « Solution finale », selon eux, n'aurait jamais, pour les nazis, signifié « génocide » des Juifs (position négationniste), les Israéliens la mettraient réellement en application vis-à-vis des Palestiniens, avec le soutien de la « juiverie internationale ». Le néonazi François Duprat, en juillet 1967, théorise ainsi l'accusation infâme : « Les Israéliens sont-ils débarrassés des tares physiques de leur race ? (...) Israël, un pays débarrassé de la lèpre de l'internationalisme (...) juif, plaie de tous les peuples du monde ? (...) Ils savent compter sur la juiverie internationale, toujours prête à entrer en action lorsque les intérêts de la "Race Élue" sont menacés n'importe où dans le monde. (...) L'exploitation des pseudo "Six millions de morts" du national-socialisme a arraché à l'Allemagne Fédérale un milliard de dollars depuis 1952 (...) Le frénétique impérialisme sioniste se donne libre cours2. »

 

(p.366) Le 26 mai 2005, la cour d'appel de Versailles a condamné le socio­logue Edgar Morin et Jean-Marie Colombani, en qualité de directeur de la publication du Monde, ainsi que le député européen (chevènementiste) Sami Naïr et la romancière (pro-palestinienne) Danièle Sallenave15, pour « diffamation raciale » envers le peuple juif. Pour la cour d'appel de Versailles, la tribune libre intitulée « Israël-Palestine : le cancer », parue dans Le Monde le 4 juin 2002 sous la signature d'E. Morin, D. Sallenave et S. Naïr, contient deux passages (ceux rapportés ci-dessus) qui constituent une diffamation raciale au sens des articles 29 alinéa 1 et 32 alinéa 2 de la loi du 29 juillet 1881. La cour d'appel a donc condamné MM. Morin, Colombani, Naïr et Mme Sallenave à verser à l'association France-Israël et à l'association Avocats sans Frontières un euro de dommages-intérêts, ainsi qu'un total de 6 000 euros de frais de procédure, et a ordonné la publica­tion de l'arrêt dans Le Monde. Elle a infirmé ainsi le jugement rendu en première instance, le 12 mai 2004, par le tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine) qui avait débouté ces associations de leurs poursuites. Dans ses attendus, la cour d'appel de Versailles reproche aux trois cosignataires de l'article (et au directeur du Mondé) d'avoir imputé « à l'ensemble des Juifs d'Israël le fait précis d'humilier les Palestiniens et d'en tirer satisfaction » et d'avoir imputé « aux Juifs dans leur globalité et, au-delà même des seuls Juifs d'Israël, le fait de persécuter les Palestiniens ». La cour estime que ces passages, « par l'imputation outrancière des faits se (p.367) distinguent du reste de l'article qui renferme l'expression des convictions personnelles des auteurs dans le cadre d'un débat politique dont le carac­tère grandement polémique se justifie par la nature même du conflit » israélo-palestinien. Elle juge cependant que les passages condamnés « sont au-delà de la polémique » en ce qu'ils dressent « un constat péremptoire diffamatoire de la nation juive16 ».

 

(p.370) Dans un sermon prononcé le vendredi 13 mai 2005, retransmis depuis la Grande Mosquée de Gaza en direct sur la télévision de l’Autorité palestinienne, /le cheikh Ibrahim/ Muderis affirmait en substance que « l’ultime étape de l’histoire sera la domination de tous les pays chrétiens par l’Islam et l’extermination de tous les Juifs ».

 

(p.371) /Muderi:/ « (…)Regardez l'histoire moderne. Où sont la Grande-Bretagne, la Russie tsariste, la France qui dominait presque la totalité du monde ? Où est l'Allemagne nazie qui a massacré des millions de personnes et dominé le monde ? Où sont parties toutes ces superpuissances ? Lui qui les a faites disparaître fera aussi disparaître l'Amérique, Inchallah. »

Mais, dans son sermon, le cheikh Mudeiris ne s'en tient pas à ce  résumé saisissant de la vision conspirationniste de l'Histoire, il formule en outre une prophétie, celle de la revanche finale de l'islam sur ses ennemis :

« Nous avions autrefois dominé le monde, et par Allah, le jour viendra où nous le dominerons à nouveau. Le jour viendra où nous dirigerons l'Amérique. Le jour viendra où nous dirigerons la Grande-Bretagne et le monde entier. Sous notre domination, les Juifs n'auront pas une vie tranquille, parce qu'ils sont des traîtres par nature, et ils l'ont toujours été tout au long de l'histoire. (...) Le jour viendra où tout sera repris aux Juifs, même les arbres et les pierres qui ont été leurs victimes. Chaque arbre et chaque pierre voudront que les musulmans viennent à bout de tous les Juifs29. »                                                                                                  

 

(p.372) Dans un entretien accordé le 21 octobre 2001 au journaliste Taysir Aluni pour Al-Jazira, Oussama Ben Laden répond sans détour à la question de savoir s'il est par­tisan du « choc des civilisations » : « Sans aucun doute. Le Livre [saint] le mentionne clairement. Les Juifs et les Américains ont inventé ce bobard de paix sur terre. Ce n'est qu'un conte pour enfants. Ils ne font que chloro­former les musulmans tout en les conduisant à l'abattoir. Et la tuerie continue. Si nous nous défendons, on nous appelle terroristes. Le Prophète a dit : "La fin [du monde] n'adviendra pas avant que les musulmans et les Juifs ne se combattent jusqu'au point où le Juif se cachera derrière un arbre et un rocher. Alors l'arbre et le rocher diront : 'Eh musulman ! il y a un (p.373) Juif qui se cache derrière moi. Viens le tuer !'." Celui qui prétend qu'il y aura une paix durable entre nous et les Juifs est un impie [kafa] car il renie le Livre [saint] et son contenu34. »

On soulignera le fait qu'une opération relevant du « crime contre l'humanité » apparaît ainsi pour la première fois, dans la période post­nazie, comme un objectif clairement fixé d'un combat mondial. Il reste à s'interroger sur le fait non moins troublant que c'est seulement dans le monde musulman, et en référence à une certaine lecture du Coran, qu'un tel projet criminel de grande envergure est formulé. Voilà qui semble donner raison aux pessimistes culturels qui jugent que l'islam est une religion de combat et de conquête, prônant l'extermination des « ennemis de l'Islam ». La position de ceux qui, prêcheurs angéliques du « dialogue des civilisations », continuent inlassablement d'affirmer avec optimisme que « l'islam est une religion de paix et de tolérance », paraît difficile à défendre dans un tel contexte. Face à la réalité du monde islamique aujourd'hui, où les minorités actives jihadistes donnent le ton et nourris­sent l'enthousiasme militant des masses, les pessimistes pourraient bien être des réalistes lucides, et les optimistes angéliques de simples illuminés perdus dans leurs rêves. Néanmoins, ce même réalisme interdit aussi de réduire les multiples manières de pratiquer la religion musulmane à ses formes politiques à la fois fondamentalistes et révolutionnaires.

L'« antisionisme » extrémiste en cours de dilution dans le terrorisme islamique, donnant souvent dans le délire paranoïaque, porté par des pul­sions criminelles, voire exterminatrices, légitimé par un islam réduit au fanatisme jihadiste et n'hésitant pas à fabriquer ou exploiter des faux (les Protocoles ou d'autres « forgeries » récentes), ne saurait être confondu avec une critique de la politique mise en œuvre par tel ou tel gouvernement israélien, critique politique restant dans les limites du débat démocratique dont nul (sauf précisément les extrémistes) ne met en cause la légitimité. Lorsque la critique est insistante, permanente, sans nuances, elle perd sa légitimité démocratique pour se transformer en machine à diaboliser. Un antisioniste peut ainsi, sur un continuum idéologique, partir d'une posture critique (premier pôle) et aboutir à un projet de destruction d'Israël (deuxième pôle). Ce projet n'est autre que l'antisionisme absolu, déni du droit à l'existence d'Israël et appel à son éradication. C'est pourquoi, pour simplifier, l'on peut distinguer entre un antisionisme de critique politique et un antisionisme éradicateur. Cette distinction se réinterprète en faisant jouer la catégorie d'essentialisme. On distinguera alors deux types de posi­tion critique, selon la conception de l'objet visé, qui peut être soit ce qu'Israël fait (réellement), soit ce qu'Israël est (ou, plus exactement, est censé être). Dans le premier cas, il s'agit d'un « antisionisme » (certes fort mal nommé) d'ordre politique, alors que, dans le second cas, il s'agit d'un antisionisme essentialiste, global, où l'on peut voir avec certains bons auteurs l'antisionisme tout court35.

 

(p.374) (…) En 1996, dans une déclaration publique où il se dévoile, Robert Faurisson s'attaquera expressément aux Juifs, et non plus seulement aux « sionistes », comme dans ses déclarations de 1978 et de 1980 : « Ou bien la Shoah a existé avec les chambres à gaz, et alors les Allemands, dans cette affaire, se sont comportés en fieffés criminels. Ou bien la Shoah, ces cham­bres à gaz, n'ont pas existé, et les Juifs se comportent, dans cette affaire, comme de fieffés menteurs. Et, pour moi, puisque cette Shoah, ces cham­bres à gaz, n'ont jamais existé, j'en conclus que, dans cette affaire, les Juifs depuis cinquante ans se comportent en fieffés menteurs. » L'accusation est claire : pour le chef de file du negationnisme international, l'invention et la diffusion du « mensonge d'Auschwitz » sont les produits d'un complot pour dominer le monde au moyen d'une entreprise de^ culpabilisation ayant eu notamment pour effet de justifier la création de l'Etat d'Israël.

 

 

CHAPITRE  13 Variations dans la vague antijuive : chiffrages et décryptages

 

(p.375) L'évolution de la judéophobie dans les années 2000 présente deux caractéristiques principales : d'une part, l'importance de plus en plus grande prise par le pôle arabo-musulman dans la diffusion et la réorien­tation du discours judéophobe - dans un sens jihadiste ; d'autre part, le déplacement du noyau dur des accusations antijuives du stéréotype hérité du XIXe siècle : « Les Juifs ont trop de pouvoir » au stéréotype forgé par l'extrême droite dans les années 1930, avant d'être recyclé dans la propagande « antisioniste » de la fin du XXe siècle : « Les Juifs (ou « les sionistes ») contrôlent la politique des États-Unis au Moyen-Orient. »

 

 

(p.375) C’est en France, parmi les pays d’Europe de l’Ouest, qu’on a recensé leplus grand nombre d’incidents antijuifs.

 

(p.376) En 2003, comme en 2002 et en 2000, les Juifs apparaissent, et de loin, comme les premières victimes des actions violentes ou des menaces à caractère raciste ou xénophobe. Il en va de même en 2004. Si les cibles préférentielles sont les Juifs, les auteurs des violences et des menaces les visant ne sont plus majoritairement des individus d'extrême droite : ils sont recrutés avant tout parmi les «jeunes » des « quartiers sensibles », souvent issus de l'immigration, notamment maghrébine et d'identité culturelle « musulmane ». Sur 463 menaces antijuives rencensées en 2003, 50 d'entre elles seulement paraissent imputables aux milieux d'extrême droite8. Alors qu'en 1993, 92 % du total des violences racistes et xéno­phobes (antisémitisme compris) étaient imputables à l'extrême droite, ce pourcentage tombe en 2003 à 18 % (14 % en 2002). Les auteurs de ces attentats contre des lieux juifs fortement symboliques ou de ces agressions contre des personnes juives sont pour la plupart marqués par la propa­gande islamiste ou antisioniste, et, pour certains, peuvent être considérés comme étant « en rupture avec leur environnement social9 ».

 

(p.378) Rappelons qu'en France, les Juifs sont environ 600 000, que le nombre des musulmans - dont la rumeur dit qu'il se situerait entre 4 et 6 millions - ne dépasse pas 3,7 millions de personnes (nourrissons inclus !)n. Quant au nombre des étrangers ou des Français d'origine maghrébine, il serait de l'ordre de 3 millions12. Or les incidents antijuifs sont régulièrement supposés « en baisse », dénoncés par certains médias comme « surestimés » ou « inférieurs en nombre » aux incidents « islamophobes » ou « anti-Maghrébins » (alors même que les statistiques disponibles établissent le contraire). L'opinion paraît suivre. Par exemple, alors qu'en 2003 il est établi que 72 % du total des violences et des menaces recensées ont visé des Juifs, le sondage d'opi­nion réalisé par l'institut BVA du 24 novembre au 5 décembre 2003 pour la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) montre que, dans l'opinion française, les « Arabes », les « Maghrébins » ou (p.379) les « musulmans » sont perçus comme les premières victimes du racisme. Il y a donc une distorsion entre la perception collective des manifestations de racisme et leur réalité sociale13. 

(…)

Le ministère de l'Intérieur précise qu'au total, en France, les enquêtes sur les violences antijuives en 2002 (au nombre finalement fixé à 195) « ont conduit à l'interpellation de 77 personnes mettant en cause 55 per­sonnes d'origine maghrébine et 6 d'origine africaine, issues de "quartiers sensibles" », et que les 737 menaces antijuives répertoriées au cours de la même année « ont été suivies de 85 interpellations, parmi lesquelles celles de 46 jeunes d'origine maghrébine, de 5 militants d'extrême droite et de 2 militants d'extrême gauche15 ». Notons au passage qu'en Grande- „ Bretagne, le profil des auteurs de violences antijuives reste plus tradi­tionnel : en 2005, à Londres, 52 % des auteurs d'incidents antijuifs pour lesquels on disposait d'une description physique étaient des « autochtones », des « Blancs », souvent d'extrême droite16.

Voilà donc ce qui émerge de l'analyse des multiples indicateurs -disponibles, ce qui paraît aussi surgir de la poussière des événements lorsqu'on se risque à les interpréter, en même temps qu'à entendre les messages de haine qui les accompagnent : un mélange répulsif de vieil antisémitisme résurgent (« Les Juifs ont trop de pouvoir ») et d'anti-sionisme palestinophile en expansion (« Les Juifs tuent nos frères palesti­niens »), porté autant par diverses mouvances d'extrême gauche que par " certains milieux d'extrême droite. La radicalité croissante de cette nouvelle configuration judéophobe va de pair avec sa banalisation, ce qui la fait fonctionner comme une nouvelle vulgate.

 

 

(p.381) Le rapport Obin (juin 2004) comporte une synthèse des informations recueillies par l'Inspection générale de l'Éducation nationale consacrée au thème « L'antisémitisme et le racisme » qui, sur un ton modéré, indique la gravité de la situation :

«Des institutions et des médias se sont largement fait l'écho du récent développement de l'antisémitisme dans la vie sociale et dans les établissements scolaires. Nous ne pouvons hélas que confirmer l'ampleur et la gravité d'un phénomène qui prend deux formes principales. D'une part on observe la banalisation, parfois dès le plus jeune âge, des insultes à caractère antisémite. Le mot "juif lui-même et son équivalent "feuj" semblent être devenus chez nombre d'enfants et d'adolescents une insulte indifférenciée, pouvant être émise par quiconque à l'endroit de quiconque. Notre sentiment est que cette banalisation ne semble en moyenne que peu émouvoir les personnels et les responsables, qui mettent en avant, pour justifier leur indifférence, le caractère banalisé et non ciblé du propos, ou encore l'existence généralisée d'insultes à caractère raciste ou xénophobe entre élèves, visant par exemple les "Arabes" ou les "Yougoslaves" : une composante de la "culture jeune" en quelque sorte. D'autre part les insultes, les menaces, les agressions, bien ciblées cette fois-ci, se multiplient à l'encontre d'élèves juifs ou présumés tels, à l'intérieur comme à l'extérieur des établissements ; elles sont généralement le fait de condisciples d'origine maghrébine. Dans les témoignages que nous avons recueillis, les événements du Proche-Orient ainsi qu'une sourate du Coran sont fréquemment invoqués par les élèves pour légitimer leurs propos et leurs agressions. Ces justifications peuvent aller jusqu'à assumer les persé­cutions ou l'extermination des Juifs. L'apologie du nazisme et de Hitler n'est pas exceptionnelle : elle apparaît massivement dans d'innombrables graffitis, notamment de croix gammées, et même parfois dans des propos ouvertement tenus à des instituteurs, professeurs et personnels d'éducation. Ces agressions n'épargnent pas des personnels ni d'autres élèves, comme cette collégienne turque nouvellement arrivée en France et devenue le souffre-douleur de sa classe parce que son pays "est un allié d'Israël". Il est d'ailleurs devenu fréquent, pour les élèves, de demander sa religion à un nouvel élève ou à un nouveau professeur. Nous avons constaté que beaucoup de professeurs ne refusaient pas de répondre à cette question. Ces agressions, parfois ces persé­cutions ravivent des souvenirs particulièrement douloureux chez les familles dont les enfants en sont les victimes. Elles ont notamment pour effet, dans certaines grandes agglomérations où l'offre scolaire et les transports en commun le facilitent, le regroupement des élèves d'origine juive, dont la sécurité n'est plus assurée dans nombre d'établissements publics, dans des établissements privés et publics dont l'aspect "communautaire" ou "pluri-communautaire" est de plus en plus marqué. (...) Dans d'autres établisse­ments, comme dans ce collège d'un bourg de la vallée du Rhône, nous avons (p.382) constaté que la scolarisation d'élèves juifs ne se faisait plus que grâce à sa dissimulation, seul le principal en ayant été informé par les parents et assurant discrétion et vigilance ; mais le patronyme des élèves ne le permet pas toujours. Cette situation existe également s'agissant de personnels. Quoi qu'il en soit, si le racisme le plus développé dans la société reste le racisme anti­maghrébin, ce n'est plus le cas dans les établissements scolaires, où il a été très nettement supplanté par le racisme anti-juif. Il est en effet, sous nos yeux, une stupéfiante et cruelle réalité : en France les enfants juifs - et ils sont les seuls dans ce cas - ne peuvent plus de nos jours être scolarisés dans n'importe quel établissement. »

 

(p.385) Sur les 55 pays membres de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération policière en Europe), seuls 29 États tiennent des statistiques « sur les crimes d'intolérance commis chez eux » (sommet de Cordoue, 9-10 juin 2005). À s'en tenir aux seuls chiffres disponibles, on risque donc de surestimer ou de sous-estimer l'importance des phéno­mènes dits racistes et antisémites dans les pays considérés. Ces limites une fois mises en évidence, incitant à une grande prudence méthodologique, il est cependant possible de donner une analyse comparative partielle portant sur tel ou tel aspect de la judéophobie en Europe et dans quelques pays non européens.

Prenons, par exemple, les chiffres que fournissent les services autri­chiens : 63 incidents antijuifs recensés en 2002, 108 dans les 8 premiers mois de l'année 2003 (actions et menaces confondues). Des chiffres comparativement élevés, et fort inquiétants, pour un pays doté d'une population à peine supérieure à 8 millions (et comptant environ 8 000 Juifs), alors que la France compte environ 62 millions d'habitants (dont environ 600 000 Juifs). Mais ce qui domine dans le tableau, ainsi que le note l'EUMC, c'est la banalisation du discours antijuif. En l'absence de statistiques fiables autorisant des comparaisons objectives, on peut seu­lement supposer que l'Italie, la Grèce, l'Espagne, la Hongrie et la Répu­blique tchèque sont dans une situation semblable : peu d'actions vio­lentes, mais une forte circulation de clichés antisémites, dans les médias comme dans la vie quotidienne. Le cas de la Pologne reste à étudier :

 

(p.386) (p.386) selon certaines sources, en particulier le rapport de l'OSCE rendu public au sommet de Cordoue, les 9 et 10 juin 2005, ce pays serait le plus touché par l'antisémitisme tant rhétorique que « physique ». Selon un rapport du Conseil de l'Europe publié le 15 juin 2005, les principaux responsables des incidents antijuifs en Pologne, où vivent entre 5 000 et 10 000 Juifs, seraient des groupes néonazis. Mais les informations restent aussi très insuffisantes sur les autres pays d'Europe de l'Est (les anciens pays du bloc soviétique) : plutôt que les États, ce sont les ONG et d'autres associations civiles qui recueillent les données permettant de quantifier approximative­ment les incidents antijuifs. Les résultats de certaines enquêtes d'opinion permettent à la fois, selon divers indicateurs d'« antisémitisme », de com­parer un certain nombre de pays européens et d'étudier leurs évolutions respectives quant aux représentations et aux croyances antijuives. Les deux grandes enquêtes d'opinion, déjà citées, réalisées en 2005 et en 2007 par le groupe Taylor Nelson Sofres (TNS) à la demande de l'Anti-Defamation League (ADL) montrent que le taux global d'« antisémitisme », en Europe, est passé de 37 % en 2005 à 43 % en 200729. L'augmentation des opinions judéophobes est donc générale, à l'exception d'un seul pays, les Pays-Bas, passés de 27 % en 2005 à 26 % en 2007. Les pays les plus touchés sont, en 2005 comme en 2007, l'Espagne, la Hongrie et la Pologne. Les moins touchés restent le Royaume-Uni (de 24 % à 30 %), les Pays-Bas, la France (de 28 % à 34 %) et l'Allemagne (restée stable à 36 %). Quant à l'Autriche, elle est passée de 35 % en 2005 à 47 % en 2007.

Quatre pays semblent peu touchés par la vague antijuive récente : l'Irlande, le Luxembourg, le Portugal et la Finlande. La Belgique, les Pays-Bas, l'Allemagne et le Royaume-Uni, et, dans une moindre mesure, le Danemark et la Suède présentent un paysage comparable à celui qu'offre la France, avec une forte proportion d'agresseurs d'origine maghrébine, variant entre le tiers et les deux tiers selon les pays et les années - des immigrés ou des individus issus

d'une immigration de religion musulmane -, sans que les violences antijuives y atteignent des niveaux semblables. En Grande-Bretagne, par exemple, où vivent environ 300 000 Juifs, les « incidents antisémites » ont augmenté depuis la fin des années 1980 (1989-1995) - 301 «incidents» par an entre 1993 et 1995 - puis ont diminué entre 1996 et 1998 (236 « incidents »), avant de remonter en 1999 (270).

 

(p.387) En Suède, 131 incidents antijuifs ont été enregistrés durant l'année 2000 ainsi qu'en 2002 (et 115 en 2001). Un certain nombre d'enquêtes ont établi le fait que les Juifs suédois dissimulaient souvent en public leur identité religieuse et mettaient leur numéro de téléphone sur « ligne rouge » pour éviter d'être harcelés. Dans de nombreux établissements scolaires, les élèves juifs subissent l'hostilité déclarée de groupes d'élèves arabo-musulmans. Dans l'opinion, le thème du pouvoir juif et celui de la manipulation juive de la politique et des médias sont largement répandus, notamment sous la forme de la dénonciation du « lobby sioniste ». Par ailleurs, le mouvement antimondialisation apparaît comme le vecteur d'un antisionisme radical, dont témoignent nombre de sites Internet32. Dans tous les pays européens mentionnés, les incidents antijuifs se sont multi­pliés à partir du mois d'octobre 2000, lorsque la deuxième Intifada a été lancée. En Allemagne, par exemple, après une diminution du nombre des incidents antijuifs entre 1996 et 1999, on note une brutale augmentation de ces derniers en 2000 : leur nombre est multiplié par trois au cours du 4e trimestre 2000. Les actes antijuifs violents sont passés de 18 en 2001 à 28 en 2002. Quant aux menaces, elles ont considérablement augmenté depuis 2000. Les milieux d'extrême droite continuent de jouer un rôle important dans les attaques (visant surtout les monuments ou les symboles) et les intimidations. Depuis les premiers mois de 2004, on note en Alle­magne une augmentation des agressions contre des Juifs commises par des individus caractérisés comme des «jeunes musulmans ». En Belgique (où la population juive approche 40 000 personnes), alors que les incidents antijuifs recensés s'élevaient à 4 en 1999 et à 3 en 2000, ils sont passés à 27 en 2001, 51 (62) en 2002, 28 en 2003, 46 en 2004, 60 en 2005, 66 en 2006 et 69 en 2007. Il faut tenir compte de fortes disparités régionales : en 2006, par exemple, les attaques contre les personnes physiques ont visé des Juifs orthodoxes à Anvers, tandis que les menaces, les insultes et les actes de vandalisme ont été observés plutôt à Bruxelles33. En Suisse germano­phone, d'après des chiffres fournis par l'association Aktion Kinder des Holo-caust, le nombre d'incidents antijuifs recensés a doublé en 2006. Une hausse comparable a été observée en Suisse francophone.

En Amérique du Nord, on notera qu'au Canada le nombre des inci­dents antijuifs est passé de 459 en 2002 à 584 en 2003, la plupart ayant eu lieu en Ontario (400) et au Québec (108), régions du territoire canadien où l'on trouve le plus grand nombre de Juifs. En 2004, le Canada est apparu comme l'un des pays occidentaux les plus touchés par la récente vague antijuive, après la France et la Grande-Bretagne. Aux États-Unis, le (p.388) nombre des incidents antijuifs est d'abord resté stable à un niveau élevé, passant de 1 559 en 2002 à 1 557 en 2003, avant d'augmenter en 2004, notamment dans les derniers mois, pour atteindre 1 821, ce qui corres­pond à une augmentation de 17 % par rapport à l'année précédente. Les incidents antijuifs relevés sont relatifs d'abord aux violences commises par les nombreux groupes néonazis existant aux États-Unis, ensuite aux conduites de harcèlement dont sont victimes les jeunes Juifs en milieu scolaire, et, à un moindre niveau, aux intimidations ou aux agressions sur les campus universitaires34. L'Australie, où la propagande négationniste s'était diffusée dans les années 1980 et 1990, n'est pas épargnée par la récente vague : le nombre des incidents antijuifs enregistrés entre octobre 2003 et septembre 2005 est supérieur de 50 % à la moyenne des quatorze dernières années dans ce pays35.

Quant à l'Amérique latine, le cas de l'Argentine, qui compte une population juive d'environ 190 000 personnes, montre que la haine anti­juive y persiste à un niveau élevé : en 2004, un rapport de la communauté juive (rendu public au début de 2005) recense 174 agressions antisémites, et note l'apparition récente de drapeaux à croix gammée et de courriels antijuifs. La présence d'une population musulmane d'environ 300 000 personnes constitue l'un des vecteurs, avec l'extrême gauche, de l'antisionisme radical. En outre, le thème de la puissance juive inter­nationale reste largement répandu dans l'opinion36. Depuis 2003, au Venezuela, sous la dictature masquée du nouveau type de caudillo qu'est Hugo Châvez, populiste d'extrême gauche violemment antiaméricain et corrélativement « antisioniste », les incidents antisémites se sont multipliés. Dans ce pays, le président lui-même donne le ton en la matière, par exemple en reprenant à son compte la dénonciation altermondialiste des « maîtres du monde » tout en suggérant que ces derniers se confondent largement avec les représentants d'une « puissance financière » inter­nationale caractérisée selon les poncifs judéophobes37. Dans une allocu­tion prononcée la veille de Noël, le 24 décembre 2005, devant l'auditoire du Centre Manantial de Los Suefos dans l'État de Miranda, un centre d'hébergement et de réinsertion de personnes sans domicile fixe, Châvez, après s'être lancé dans ses diatribes habituelles contre « l'impérialisme », en est venu à célébrer lyriquement « Jésus, le commandant des commandants des peuples, Jésus le justicier (...), le Christ révolutionnaire, le Christ socialiste », puis s'est risqué à faire allusion à certaines diaboliques « mino­rités qui se sont emparées des richesses mondiales » : « Aujourd'hui, plus que jamais en 2 005 ans, il nous manque Jésus-Christ (...). Le monde dispose d'assez de richesses et de terres pour tous (...), mais, dans les faits, des minorités, les descendants de ceux-là mêmes qui crucifièrent le Christ, les descendants de ceux qui jetèrent Bolivar hors d'ici et le crucifièrent aussi à leur manière à Santa Marta en Colombie (...), se sont emparées des richesses mondiales, une minorité s'est approprié l'or de la planète, (...) et

[a concentré les richesses entre quelques mains. »

Comme l'ont fait remarquer les responsables du Centre Simon-Wïesenthal pour l'Amérique latine (Argentine), le président vénézuélien sollicite dans ce discours deux stéréotypes de l'antijudaïsme traditionnel :

(p.389) les Juifs comme peuple déicide et comme puissance financière. Dans la vulgate chrétienne encore largement dominante dans les pays latino-américains, ce sont en effet toujours les Juifs qui sont accusés d'avoir crucifié Jésus. Et il n'est guère difficile d'identifier les membres de la « minorité » possédant aujourd'hui « la moitié des richesses du monde entier » lorsqu'ils sont désignés comme les « descendants » de ceux qui « crucifièrent le Christ ». Sauf à supposer, avec un grain d'ironie, que Châvez visait les Italiens d'aujourd'hui, en tant que lointains descendants des Romains.

En Europe de l'Est, c'est surtout en Pologne, en Ukraine et en Russie que les violences antijuives peuvent s'observer. Le cas de la Russie, où l'on comptait au début des années 2000 un peu plus de 224 000 Juifs (contre 540 000 en 1989), est singulier : on y rencontre à la fois un racisme antijuif porté par un grand nombre de groupes d'extrême droite (de « skinheads » et de néonazis), un antisémitisme politique traditionnel exploité par des leaders politiques (tel Vladimir Jirinovski) et une judéo-phobie d'opinion ou populaire, nourrie ces dernières années par les cam­pagnes anti-oligarques38. Le 27 juin 2005, on a ainsi appris avec stupeur que le procureur général de Russie avait décidé d'ouvrir une enquête pour déterminer si le recueil de halacha (lois juives) « Shoulchan Arouch », écrit au XVIe siècle par le rav Yossef Karo, incitait à la violence contre les Russes non juifs. Le même procureur a également demandé d'envisager de mettre hors la loi la religion juive et les organisations juives russes, ce qui revient à donner une caution officielle à l'antisémitisme montant en Russie. Car le nombre d'actes antijuifs, en Russie, est en augmentation constante ces dernières années, et ces actes sont essentiellement le fait de jeunes Russes sensibles à la thématique néonazie. Le 12 janvier 2006, un jeune skinhead russe âgé d'environ 20 ans, est entré dans la synagogue Poliakov (Loubavitch) de Moscou en criant « Heil Hitler !» et a poignardé dans le dos les fidèles qui priaient, en blessant neuf. Parmi les blessés, on comptait trois Israéliens, le rabbin et un gardien de la syna­gogue. Quatre des personnes touchées étaient dans un état grave. Selon la police, Alexander Kupatchev fréquentait les milieux néonazis moscovites et était dans un état d'ébriété avancée lorsqu'il a commis son agression. Fin mars 2006, le jeune agresseur antijuif a été condamné à treize ans de prison ferme par un tribunal russe. Le parquet avait requis 16 ans de détention et un traitement psychiatrique39.

Il convient de relever le cas singulier de la Turquie : ce pays, désor­mais dirigé par un parti islamique, se caractérise par l'évolution inquiétante de son opinion qui, travaillée par une propagande antijuive spécifique — de facture anti-judéo-maçonnique - portée par des milieux islamistes très mobilisés, est de plus en plus imprégnée par les thèmes de l'antisionisme radical. La dénonciation du « complot judéo-maçonnique » s'inscrit désor­mais explicitement, chez les islamistes, dans le projet d'en finir avec le kémalisme (Mustapha Kemal étant dénoncé comme un « judéo-maçon ») et de rétablir le califat, tout en instituant la Chari'a. Les attentats expressé­ment antijuifs de novembre 2003 en Turquie suffisent à montrer que les islamistes radicaux sont décidés à recourir à la violence terroriste contre les (p.390) Juifs partout dans le monde. Le 15 novembre 2003, à Istanbul, deux atten­tats à la camionnette piégée, à l'évidence coordonnés, faisaient 25 morts et plus de 300 blessés (bilan fait le 17 novembre), l'un visant la synagogue de Beth Yaakov (située au cœur de Fera, l'ancien quartier juif d'Istanbul) où 300 fidèles assistaient à une Bar Misvah, l'autre contre la plus importante synagogue de la grande ville turque, Neve Shalom40. Ces deux attentats ont été aussitôt revendiqués par une organisation islamiste clandestine, le Front islamique des combattants du Grand-Orient (IBDA-C), fondé en 1985, dont l'objectif est d'instaurer un État islamique en Turquie. Ils ont aussi été revendiqués par les Brigades du martyr Abou Hafs al-Masri, qui appartiennent au réseau Al-Qaida, lequel n'a cessé en effet de menacer les régimes islamiques modérés (Turquie, Indonésie, Maroc). Et l'on sait que la Turquie est l'un des principaux alliés régionaux d'Israël et des États-Unis. Cinq jours plus tard, le 20 novembre 2003, une deuxième série d'attentats terroristes commis à Istanbul, visant des intérêts britanniques (le consulat de Grande-Bretagne et une agence de la HSBC, banque anglaise), faisait 27 morts, dont le consul général de Grande-Bretagne, et 450 blessés41. Comme les attentats antijuifs du 15 novembre, ces attentats anti-britanniques ont été organisés par des cellules locales entraînées dans le Jihad mondial, avec ou sans chef d'orchestre, mais avec une aide logis­tique étrangère, qu'on peut attribuer à Al-Qaida42. Nouvelle preuve que le terrorisme islamiste planétaire est décidé à n'épargner aucun pays.

Après les attentats antiaméricains du 11 septembre 2001, la pratique de la terreur antijuive s'est étendue à certains pays du Maghreb. Même la Tunisie, l'un des pays de culture musulmane dont les dirigeants politiques sont les plus hostiles à l'islamisme radical, paraît touchée par la vague anti­occidentale et antijuive. L'attentat terroriste meurtrier contre la synagogue de Djerba, en Tunisie, constitue un symptôme de la présence active des réseaux islamo-terroristes dans ce pays. Cet « attentat-suicide » commis par un islamiste de l'organisation d'Oussama Ben Laden, le 11 avril 2002, contre le lieu de pèlerinage le plus vénéré du judaïsme séfarade (après le Mur des Lamentations), a fait 21 morts, dont 14 Allemands, 5 Tunisiens et 2 Français. L'attentat avait été organisé sous la direction de Khalid Cheikh Mohammed, le responsable des opérations extérieures d'Al-Qaida, surnommé « le cerveau » par Oussama Ben Laden. La Tunisie a ainsi été le premier pays visé par Al-Qaida après les attentats du 11 septembre 200l43. La menace islamiste, en Tunisie, est contenue par le gouverne­ment autoritaire du président Ben Ali, au prix, certes, d'un système de répression qui peut parfois déraper, mais l'islamo-terrorisme étant une menace sérieuse, il s'agit pour ce gouvernement de se donner les moyens de la conjurer44. Le Maroc n'a pas été non plus épargné par le terrorisme islamiste, qui privilégie les cibles juives dans le cadre d'une stratégie de purification ethnique consistant à terroriser les derniers Juifs qui y résident pour les pousser à l'émigration. Les cinq attentats (à la bombe ou à la voiture piégée) qui ont eu lieu à Casablanca, dans la soirée du 16 mai 2003, visaient principalement des Juifs, fixés au Maroc ou de passage en touristes. Le choix des cibles est significatif: le Cercle de l'Alliance israé­lite, l'ancien cimetière israélite, un restaurant italien (El Positano) dont le

(p.391) patron est juif et le restaurant de la Casa de Espana, très fréquenté par les touristes (notamment israéliens)45. Ces attentats-suicides ont fait 45 morts (dont 12 islamikazes) et une centaine de blessés. Les islamikazes apparte­naient vraisemblablement à un groupe islamiste local, « Le Droit chemin » (Al-Sirat Al-Moustaqim), lié à la mouvance jihadiste-salafiste46. Le Français Richard Robert, converti à l'islam et passé à l'islamisme radical (avec le titre d'« émir »), accusé d'activités terroristes, a été condamné à la réclu­sion à perpétuité dans la nuit du 18 au 19 septembre 2003 par la chambre criminelle de la cour d'appel de Rabat. Comme en écho aux attentats de Casablanca, cinq attentats-suicides ont été perpétrés en Israël du 17 au 19mai200347.                                              ' '                                         4

La vague de terrorisme islamiste visant des Juifs au Maroc s'est confirmée quatre mois plus tard : le 11 septembre 2003, un commerçant estimé, Albert Rebibo, Juif marocain âgé de 55 ans, a été assassiné par deux tireurs cagoules à Casablanca. Confiant, Albert Rebibo n'avait pas émigré, malgré la pression (la montée en puissance des mouvements islamistes, et leurs succès électoraux), parce que, disait-il : « Le Maroc, c'est ma vie. Il n'y a aucune raison d'avoir peur. » Deux jours plus tard, le 13 septembre, un autre Juif, Elie Afriat, 72 ans, était poignardé à mort à Meknès. Le meurtre de Casablanca, selon des sources policières maro­caines, pourrait avoir été commis par des terroristes liés à Al-Qaida venus de l'étranger48. Au Maroc, en passant à l'offensive au printemps 2003, les islamistes ont bien ouvert un nouveau front, qui s'ajoute aux fronts ouverts en Algérie, en Indonésie, en Arabie Saoudite, en Israël et en Irak49. La pénétration d'Al-Qaida au Maghreb s'est accélérée en septembre 2006, avec l'allégeance officielle du GSPC algérien à l'organisation de Ben Laden et Zawahiri50. Le chef du GSPC s'inspire désormais de la rhétorique d'Al-Qaida, comme dans ce début de message : « Dans ces heures sombres où la coalition judéo-croisée et ses esclaves parmi les renégats ont déclaré une guerre totale contre l'Islam et les musulmans... » Le 24janvier 2007 avait lieu la création officielle d'Al-Qaida au Pays du Maghreb Islamique, suivie par une série d'attentats en Algérie et au Maroc51. Les communiqués du nouveau groupe jihadiste se terminent comme ceux des combattants d'Al-Qaida en Irak : « Puisse Allah nous aider à vaincre les Juifs, les chrétiens et leurs agents parmi les renégats ! Puisse Allah soutenir les Moudjahidines partout où ils se trouvent en leur apportant des renforts52 ! » j

Au Maghreb, d'autres indices d'une pénétration culturelle de l'isla­misme peuvent être relevés. Par exemple, un incident significatif a eu lieu à Tunis en mars 2006 dans un contexte universitaire, montrant l'impré­gnation antijuive d'une partie de la jeunesse étudiante tunisienne, travaillée par la propagande islamiste. Les faits sont les suivants, tels que rapportés par l'agence Guysen.Israël.News, le 14 mars 2006 : « Une céré­monie s'est déroulée le 10 mars à la faculté des Lettres de Manouba lors de la remise à l'Université tunisienne par la famille du professeur Paul Sebag, historien des Juifs de Tunisie décédé en 2004, d'une partie de la bibliothèque de ce dernier, l'autre partie ayant été remise à l'Alliance Israélite universelle (AIU). Des étudiants ont crié : "Les Juifs à la mer ! Vive la Palestine ! Vive le Hamas ! Destruction d'Israël ! Nous ne voulons (p.392) pas de la bibliothèque de Paul Sebag, un communiste stalinien ! Pas de Juifs à l'Université ! Nous tuerons tous les Juifs !" Les perturbateurs ont essayé de bloquer l'entrée de l'amphithéâtre. Quelques professeurs qui protégeaient la fille de Paul Sebag et Claude Nataf, président de la Société d'histoire des Juifs de Tunisie (SHJT), ainsi qu'un orateur du colloque prévu sur l'œuvre de Paul Sebag, ont été frappés. Les autorités universi-l_ taires tunisiennes ont présenté des excuses53. »

 

(p.3936) La République islamique d'Iran est devenue l'un des principaux centres mondiaux, avec l'Arabie Saoudite et la Syrie, de diffusion de la propagande antijuive.

 

23:02 Écrit par justitia & veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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