26/08/2010

Taguieff (further)

Les islamistes palestiniens n'ont pas manqué d'instrumentaliser l'icône al-Dura dans la guerre politico-culturelle qu'ils mènent contre « l'ennemi sio­niste » ou plus simplement « les Juifs ». Le Hamas s'est ainsi lancé dans une opération d'endoctrinement des jeunes enfants palestiniens dans la perspective du Jihad, en sloganisant l'accusation visant les Juifs comme « tueurs d'enfants ». Chaque vendredi après-midi, sur la chaîne satellitaire du Hamas, Al-Aqsa TV, est diffusée une émission pour enfants intitulée « Les Pionniers de demain ». La star de cette émission, très regardée par les enfants de tout le monde arabe, est une abeille géante nommée Nahoul. Le journaliste du Monde Benjamin Barthe présente ainsi cette émission de propagande : « Durant une demi-heure, Nahoul et la jeune présentatrice Saraa interprètent une série de sketchs entrecoupés d'interventions de spectateurs par téléphone. Les scénarios mêlent devinettes, conseils pratiques ("Les bienfaits de l'ananas") et morale familiale ("Pourquoi il faut aimer sa mère") à une forte dose de propagande islamiste, truffée d'apologie du "martyre" et d'incitation à la haine des "Juifs"4U. »

Précisons que l'abeille Nahoul a remplacé la souris Farfour, personnage ressemblant à Mickey Mouse, dont l'un des messages, au printemps 2007, était un appel à libérer « les pays musulmans envahis par les assassins ». Réagissant à une menace de procès par la compagnie Disney, Al-Aqsa TV a décidé de sacrifier Farfour, non sans une ultime provocation, qui a consisté à mettre en scène la mort de la souris islamiste, victime de l'extrême vio­lence d'un interrogateur israélien, désireux de lui voler sa propriété412. Le mot de la fin a été prononcé par la présentatrice Saraa : « Farfour est mort en martyr en protégeant sa terre, il a été tué par les tueurs d'enfants. » L'intention directrice de l'émission est parfaitement exprimée dans le char­mant dialogue destiné à présenter le nouveau personnage :

« - Saraa : Qui es-tu ? D'où viens-tu ?

-  Nahoul : Je suis Nahoul l'abeille, le cousin de Farfour.

-  Saraa : Qu'est-ce que tu veux ?

-  Nahoul : Je veux suivre les pas de Farfour.

-  Saraa : Ah ? Comment ça ?

-         Nahoul : Oui, le chemin de l'Islam, de l'héroïsme, du martyr et des Moudjahidines. Nous prendrons notre revanche sur les ennemis d'Allah, les assassins d'enfants innocents, les tueurs de prophètes, jusqu'à ce que nous libérions Al-Aqsa de leur impureté...

(p.306) - Saraa : Bienvenue, Nahoul413. »

L'objectif d'une telle émission est clair : conduire les jeunes téléspecta­teurs à intérioriser cette représentation du Juif comme criminel et infanticide afin de les disposer à devenir des combattants fanatiques. La légende du « crime rituel juif», réactivée par l'exploitation symbolique de la « mort en direct » du jeune al-Dura, est devenue une source d'inspiration pour toutes les formes culturelles de la propagande antijuive contemporaine, des timbres-poste et des affiches à l'effigie d'al-Dura aux émissions interactives de télévi­sion. Il est hautement significatif que, face aux critiques, Hazem Sharawi, le jeune concepteur des « Pionniers de demain », ait ainsi défendu son émis­sion : « Nous ne faisons que refléter la réalité. Regardez ce qui est arrivé à Mohammed al-Dura... » Pour les professionnels de la criminalisation des Juifs, l'absence de preuve de la mort d'al-Dura est devenue la preuve par al-Dura. La poupée engagée a donc continué à prêcher lejihad. Le journaliste du Monde souligne l'association récurrente entre l'appel au Jihad et le thème répulsif du «Juif tueur d'enfants»: «Dans un épisode diffusé fin juillet [2007], l'abeille islamiste parle de libérer la mosquée Al-Aqsa, dans la Vieille Ville de Jérusalem, des "impuretés des Juifs criminels". À une petite specta­trice qui explique par téléphone vouloir devenir "journaliste", Nahoul conseille de "photographier les Juifs quand ils tuent les enfants". Puis une autre fillette appelle et clame que, une fois grande, elle sera une "combat­tante du Jihad". "Si Dieu le veut", répond Saraa, comblée par la ferveur isla­miste de son très jeune public414. » On trouve une forme hyperbolique de l'accusation d'infanticide dans un dessin de propagande « antisioniste » dû au caricaturiste palestinien Alaa'Allaqta qui, né au camp de réfugiés d'Al-Shati dans la bande de Gaza, vit depuis 2006 au Caire où ri exerce sa profession de médecin. Sollicitant dans ses caricatures la plupart des stéréotypes antijuifs tra­ditionnels, avec une préférence pour le symbole du serpent, Allaqta est un collaborateur régulier du quotidien du Hamas distribué dans la bande de Gaza, Felesteen, du site Internet du Jihad islamique palestinien, Paltoday, ainsi que de divers journaux saoudiens (tel Al-Madinah) et qataris (telAl-Sharq). Le dessin en question, publié le 14 mai 2007 dans le journal qatari Al-Sharq, représente un Israélien, dont on ne voit que la main armée d'un revolver et la manche ornée d'une étoile de David, tirant à bout portant sur un fœtus palestinien, en visant la tête415. La légende précise : « L'objectif d'Israël est [de tuer] des fœtus [palestiniens] dans le ventre de leur mère. » Ce qui est suggéré par cette caricature de combat, c'est que les Juifs ne se contentent pas de tuer des « enfants palestiniens innocents » : ces fils de Satan s'attaquent aux fœtus, donc à des êtres intrinsèquement innocents.

 

(p.307) En Israël, la prise de conscience du rôle des médias dans de telles opé­rations de propagande a stimulé la volonté de faire toute la vérité sur « l'affaire al-Dura ». Dans un article mis en ligne le 3 février 2009 par Ynetnews, l'écri­vain Frimet Roth, citoyenne israélienne et mère de Malki Roth, tuée lors d'un attentat terroriste palestinien au restaurant Sbarro en 2001, fait observer que « Charles Enderlin a révélé que Yasser Arafat avait mis en scène son don de sang aux victimes des attentats du 11 septembre 2001, à l'attention des médias, pour contrer l'effet des images embarrassantes de Palestiniens fêtant ces attentats dans les rues ». Elle poursuit en notant que cette révélation « illustre à quel point tous ceux qui sont impliqués dans la diffusion du mythe al-Dura continuent à faire preuve d'impudence » et déplore le fait que ces derniers « bénéficient du soutien du gouvernement français, soucieux de défendre la réputation de sa chaîne de télévision ». Mais Frimet Roth ne se montre pas moins indignée par « le silence du gouvernement israélien » qui, selon elle, « doit rétracter officiellement son aveu de culpabilité et affirmer qu'il n'a en rien contribué à la mort d'al-Dura, si celui-ci a été tué418 ». En réalité, les autorités israéliennes, dans un premier temps et avant toute enquête, n'avaient pas formellement écarté l'hypothèse que des balles d'ori­gine israélienne aient pu toucher l'enfant. Cette hypothèse a été définitive­ment abandonnée à la suite de l'enquête menée par l'armée israélienne en octobre et novembre 2000, à la requête du général Yom-Tov Samia.

Dans l'affaire al-Dura, contrairement par exemple à l'affaire Dreyfus, le Juif innocent injustement accusé n'est pas un individu, c'est un être collectif : les Israéliens, diabolisés à travers leur armée polémiquement cons­truite comme tueuse d'enfants arabo-musulmans, et, plus largement, les (p.307) « sionistes », c'est-à-dire les Juifs, pour tous leurs ennemis. Depuis octobre 2000, ce reportage n'a cessé d'alimenter, dans le monde musulman, le discours de propagande et d'endoctrinement fondé sur le culte du « martyr », dont l'objectif est d'inculquer, notamment aux enfants, les idéaux liés aujihad, culminant dans la mort en « martyr » illustrée par les « attentats-suicides ». Ce reportage a également encouragé, dans le monde occidental, les accusateurs professionnels d'Israël, comme ce sous-préfet français osant affirmer sur un site islamiste, en mars 2008, qu'Israël est le « seul État du monde dont les snipers abattent des fillettes à la sortie des écoles419 ». Ce qui revient à accuser l'Etat d'Israël de pratiquer, contre les Palestiniens, l'infanti­cide rituel. L'affaire al-Dura ne fait vraisemblablement que commencer.

(…) L'ennemi sioniste est par nature non seulement un criminel pratiquant le palestinocide, mais encore un voleur de « terre musulmane ».

 

 

(p.313) Dans son Anthropologie du point de vue pragmatique, Kant n'hésite pas à légitimer la représentation des Juifs (« les Palestiniens ») en tant que « nation d'escrocs » ou de « trompeurs » : « Les Palestiniens qui vivent parmi nous ont la réputation fort justifiée d'être des escrocs, à cause de l'esprit d'usure qui règne depuis leur exil parmi la majeure partie d'entre eux. Il est vrai qu'il est étrange de se représenter une nation d'escrocs, mais il est tout aussi étrange de se représenter une nation de commerçants, dont la partie^de loin la plus importante, liée par une ancienne superstition qu'accepté l'État où ils vivent, ne cherchent aucune dignité civile, mais veulent remplacer ce dommage par l'avantage de tromper le peuple qui les abrite ou même de se tromper les uns les autres28. »

Le pamphlet d'un élève de Kant, le professeur de philosophie Jakob Friedrich Pries (1773-1843), Über die Gefährdung des Wohlstandes und des Charakters der Deutschen durch die Juden (« Sur la mise en péril du bien-être et du caractère des Allemands par les Juifs »), publié en 1816, paraît être une mise en application politique de la « caractérologie » négative des Juifs élaborée par Kant. Assimilant l'esprit du christianisme et la nation alle­mande, Pries voit dans les Juifs une communauté étrangère, aux ramifi­cations internationales, formée de « brocanteurs et de négociants en quête de filouteries », il les dénonce comme une « peste » et une « maladie des peuples », qu'il s'agit d'éliminer « à la racine29 ». Les Juifs constitueraient donc, pour la nation allemande, un triple danger : politique, économique et moral30. La haine du peuple pour les Juifs serait dès lors justifiée. Pour Pries, seule l'extirpation du judaïsme, vestige d'un passé barbare, est sus­ceptible d'améliorer les Juifs31.

Le stéréotype négatif va ensuite se transformer en archétype littéraire, celui du spéculateur répulsif, incarné par d'innombrables personnages de romans ou de pièces de théâtre. Dans le roman de Charles Dickens, The Adventures of Oliver Twist (1837-1839), le personnage haïssable et mépri­sable du receleur juif Fagin, dont la fourberie n'a d'égale que la méchan­ceté, paraît être une nouvelle réincarnation littéraire, après Shylock, du type médiéval de l'usurier juif répulsif à tous égards32. La description qu'en fait Dickens en 1838 se fonde sur le postulat physiognomonique de la correspondance symbolique entre l'apparence physique et le caractère moral : « Un très vieux Juif ratatiné, dont le visage répugnant à l'aspect dépravé était couvert par quantité de touffes de poils roux33. » On sait que la rousseur est la couleur originellement associée à Judas34. L'illustrateur du roman, George Cruikshank, avait en outre affublé Fagin d'un nez crochu, complétant ainsi le portrait stéréotypé.

 

Rothschild ou la féodalité financière

 

Parmi les romanciers populaires, en France, le cas de Jules Verne (1828-1905) est particulièrement intéressant pour l'historien des stéréo­types antijuifs. On sait que Jules Verne, ancien agent de change peu per­formant, a tiré de sa malheureuse expérience directe de la Bourse une aversion pour le « vil métal ». Dans son premier écrit, Voyage en Angleterre

(p.314) et en Ecosse, l'écrivain débutant stigmatise sur le mode de l'ironie la puis­sance financière des Rothschild : « Il avait hâte de quitter Paris, son air lourd, son atmosphère ammoniacale (...) et la forêt vierge nouvellement plantée autour du palais de la Bourse où s'agitent les fidèles Giafars du puissant Haroun-al-Rothschild35. » Le mythe moderne du Juif riche, incarné par Rothschild, va devenir une matière première pour le roman­cier saisi par une haine obsessionnelle envers la « maudite soif de l'or » (auri sacra fames)*6 et sa version moderne capitaliste-financière37. Dans son roman Hector Servadac, publié en 1877, Verne caractérise le Juif « cousu d'or » Isac Hakhabut par cette addition de clichés négatifs : « C'était un homme de cinquante ans qui paraissait en avoir soixante. Petit, malingre, les yeux vifs mais faux, le nez busqué, la barbiche jaunâtre, la chevelure inculte, les pieds grands, les mains longues et crochues, il offrait ce type si connu du Juif allemand, reconnaissable entre tous. C'était l'usurier souple d'échiné, plat de cœur, rogneur d'écus et tondeur d'œufs. L'argent devait attirer un pareil être comme l'aimant attire le fer, et, si ce Shylock fût parvenu à se faire payer de son débiteur, il en eût certainement revendu la chair au détail38. »

(p.315)

Le motif fait l'objet d'infinies variations dans la presse catholique, à commencer par le journal fondé par les Assomptionnistes en 1883, La Croix, qui, en septembre 1890, se proclame « le journal le plus antijuif de France46 » et déplore que « notre presse nationale » soit « presque tout entière entre les mains de la juiverie cosmopolite et antifrançaise47 ». Dans l'hebdomadaire Le Pèlerin, qui s'est progressivement aligné sur les positions du journal La Croix après le scandale de Panama (1889), on peut lire en décembre 1892 cette paraphrase de Drumont : « Ceux qui, aujourd'hui, sont tout n'étaient rien il y a un siècle, ils sont arrivés en 1790 dans un pays riche, et seuls maintenant ils sont riches dans le pays appauvri48. » Là où est le Juif, affirme encore le père Bailly dans l'hebdomadaire catho­lique, « on voit l'or et l'argent accourir vers lui, comme le fer à l'aimant. Il est millionnaire, milliardaire, tout est à lui49 ».

En 1890, le socialiste blanquiste Albert Regnard résume sa vision sociale-raciste du Juif : « Le Juif est vis-à-vis de l'Aryen comme le capita­liste vis-à-vis du prolétaire et, dans une bonne mesure, le capitalisme est une création sémitique50. » Regnard attribue aux Juifs la pratique de l'usure comme un caractère de race : « II est faux que les fils d'Abraham aient été réduits à l'usure par le fait des circonstances. Allons donc ! On ne devient pas usurier sous le poids des événements ; on naît tel ! Et c'est précisément le cas de la race juive51. » Quelques années plus tard, le chansonnier montmartrois Aristide Bruant (1851-1925), défenseur des malheureux, des prostituées et des condamnés s'attaque aux « Youpins » dans une goualante à succès : « Les Youpins, c'est des vilains types (...). Ils sont mariolles, i' sont rupins. l's ont du pognon plein leurs poches, Les Youpins52. »

Dans L'Argent, roman publié en 1891, Emile Zola reconstitue avec une terrible précision les thèmes antijuifs obsessionnels de son époque, centrés sur la « Haute Banque juive » incarnée par les Rothschild. Sans les reprendre à son compte, en témoin et en enquêteur, le romancier a réuni tous les stéréotypes négatifs tournant autour du «Juif usurier » devenu le grand financier moderne visant à dominer le monde. Dans le personnage du financier malheureux Saccard, on retrouve des traits d'Eugène Bontoux, banquier catholique et légitimiste ruiné par le krach de l'Union générale (1881-1882). Quant au banquier juif Gundermann, ennemi de Saccard, il joue dans le roman le rôle d'un banquier impitoyable construit sur le modèle de Rothschild. Commençons par le portrait du banquier juif devenu milliardaire : « Gundermann occupait là un immense hôtel, tout juste assez grand pour son innombrable famille. (...) En moins d'un siècle, la monstrueuse fortune d'un milliard était née, avait poussé, débordé dans cette famille, par l'épargne, par l'heureux concours aussi des événements. Il y avait là comme une prédestination, aidée d'une intelli­gence vive, d'un travail acharné, d'un effort prudent et invincible, conti­nuellement tendu vers le même but. (…) »

 

 

(p.327) La figure du Juif perfide et usurier, parasite et prédateur, incarnation de la « finance internationale », après avoir été reprise par les idéologues nazis, à commencer par Hitler153 et par divers professionnels de la dénon­ciation du complot juif mondial depuis les années 1930154, est, depuis la fin du XXe siècle, exploitée par les mouvances islamistes, du Hamas à Al-Qaida155. Mais l'accusation de perfidie, loin d'appartenir aux seuls isla­mistes, qu'ils soient fondamentalistes ou expressément jihadistes, circule dans des milieux fort divers du monde arabo-musulman, y compris les milieux nationalistes censés être « laïques ». En 1989, Abou lyad, alors numéro deux de la hiérarchie de l'OLP derrière Yasser Arafat, pouvait ainsi déclarer : « Les Juifs, qui sont l'excrément de l'espèce humaine, peuvent-ils tenir une promesse (puisqu'ils n'ont pas tenu la promesse (p.328) faite au Prophète) ? La perfidie coule dans leurs veines, comme le montre le Coran. Les Juifs sont tels qu'ils ont toujours été156. »

 

Complot

Le Juif, puissance occulte, ou le judéo-maçon

 

Le cinquième thème d'accusation identifiable est celui du complot juif. Le mythe du complot juif se présente historiquement sous trois formes : d'abord sous celle d'un complot local à l'époque médiévale, ensuite sous celle d'un complot national (ou intra-national) dans la seconde moitié du XIXe siècle, enfin sous celle d'un complot international ou mondial à la fin du XIXe et au XXe siècle (prolongé par le début du XXIe siècle)157. Sa pré­supposition générale est la conviction que les Juifs sont solidaires entre eux (thème déjà présent dans le Pro Flacco, plaidoirie de Cicéron prononcée en 59 avant J.-C.)158, cette solidarité interne particulièrement prononcée allant de pair avec un exclusivisme sans pareil. L'accusation de complot fait partie du stock des calomnies utilisées contre les Juifs dès le début de l'ère chrétienne. Mais son élaboration, sa transformation en récit légendaire, ne s'opérera qu'à partir du XIVe siècle. Au XIXe siècle, le complot juif se délocalise, pour devenir soit national, soit international. Il fournit un cadre interprétatif à la dénonciation de la « conquête juive » et de la « domina­tion juive », présentées comme la conséquence fatale de l'émancipation des Juifs, ou l'effet catastrophique de l'individualisme démocratique.

 

(p.332) Lorsqu'Adolf Hitler décide de s'affilier en septembre 1919 au Parti ouvrier allemand (DAP, Deutsche Arbeitpartei)]94, où sont violemment dénoncés l'« esclavage de l'intérêt» et le «capitalisme juif», c'est après avoir « lu avec intérêt » une brochure pamphlétaire d'Anton Drexler (1884-1942), l'un des dirigeants de ce parti nationaliste et raciste patronné secrètement par la Société Thulé : Mein politisches Erwachen. Aus dem Tage-buch eines deutschen sozialistischen Arbeiters (« Mon éveil politique. Carnets d'un ouvrier allemand socialiste »)l<b. Drexler y cite les « instructions d'un rabbin » incitant les Juifs à pousser les ouvriers à la révolution et aux émeutes « pour nous rapprocher du seul but qui compte, dominer la terre selon la promesse donnée à notre père Abraham196 ». Face à ce danger, Drexler appelle les travailleurs à s'unir pour lancer aux Juifs : « Hors d'Allemagne ! Hors de tous les partis ! Hors de tous les pays ! Repartez dans votre patrie, la Palestine ! Ou alors, tyrans du monde, vous serez écrasés197

 

(p.337) / le mythe du juif raciste/

Il convient bien sûr d'analyser les contextualisations diverses, depuis la fin du XIXe siècle, de cette narration mythique fondatrice située au cœur de la vision antisémite de l'antisémitisme. Elle met en scène un ordre d'évolution stadial supposé invariable, qu'on peut reconstruire et présenter selon le schéma suivant : « I. Avant l'installation des Juifs : les peuples vivent heu­reux ; IL L'accueil des Juifs, leur installation et leur affermissement ; III. L'action négative des Juifs, inassimilables, dominateurs et destructeurs par nature ; IV. La réaction antijuive : résistance des peuples à l'emprise juive", hostilité ouverte, réactions de défense et de rejet5. » Cette légitimation réactionnelle des mobilisations antisémites peut être illustrée par ce fragment d'un discours, daté de 1940, du révérend Gerald B. Winrod : « Une vague d'anti­sémitisme balaie le monde comme une réaction contre (1) le contrôle juif des moyens de communication, (2) la finance juive internationale, et (3) le com­munisme athée, qui fut originellement engendré par l'intellectualisme juif et le capitalisme juif'. »

 

(p.339)

En décembre 2000, dans l'hebdomadaire égyptien Octobre, le général de réserve Hassan Souïlem a donné une version sécularisée, se réclamant des travaux scientifiques contemporains, du même discours de dénoncia­tion, qui persiste en dépit de la substitution d'une légitimation scientifique à une légitimation religieuse. Les Juifs, des origines à nos jours, seraient restés les mêmes, agissant en permanence comme un principe de corrup­tion et une cause de troubles ou de conflits : « Les historiens, les profes­seurs en études raciales et les sociologues s'accordent pour dire que l'humanité, durant sa longue histoire, n'a jamais connu une race telle que la race juive, où sont concentrés autant de traits vils et méprisables. Les Juifs ont une caractéristique qui les distingue des autres : chaque fois qu'ils se sont rassemblés dans un lieu particulier et qu'ils s'y sont sentis à l'aise, ils ont transformé ce lieu en repaire du mal, de la corruption, de l'incita­tion à la division et de la multiplication des conflits. (...) Il n'y a pas de différence, comme l'affirment certains, entre le Juif d'hier et le Juif d'aujourd'hui, entre l'identité juive et l'identité israélienne. En effet, Israël en tant qu'État est un réceptacle pour tous les Juifs du monde. Le sionisme est l'aspect politique et colonialiste de la religion juive18. »

Peu après les attentats antiaméricains du 11 septembre 2001, le cheikh égyptien Mohammed al-Gameya, représentant de l'Université al-Azhar aux États-Unis, et qui exerce la fonction d'imam au Centre isla­mique et à la mosquée de New York, rentre précipitamment en Egypte, se plaignant d'avoir fait l'objet de « persécutions » aux États-Unis, « comme tous les musulmans et tous les Arabes » après les attentats de Manhattan. C'est donc d'Egypte qu'il multiplie les déclarations sur les « véritables responsables » des attentats terroristes, précisant qu'il a « com­pris que tout le monde savait que les Juifs et les sionistes étaient derrière ces actes criminels, mais que personne n'avait le courage de le dire publi­quement », car « les sionistes contrôlent tout, y compris les décisions poli­tiques, les médias et les grands centres financiers et économiques19 ». Dans l'une des interviews qu'il accorde dans ce contexte, al-Gameya reprend alors les vieilles accusations contre les Juifs, assorties d'une mise à jour paraissant tirée du Juif International de Henry Ford, pour en déduire qu'ils ont organisé secrètement les attentats antiaméricains : « Les Juifs sont conformes à la parole d'Allah : "Ils ont répandu la corruption sur la terre." Nous savons qu'ils ont toujours violé les accords, tué injustement les Prophètes et trahi la confiance qu'on leur avait accordée (...). On les voit

(p.340) à tout moment répandre la corruption, le blasphème, l'homosexualité, l'alcool et la drogue. Ils ont créé le strip-tease, les clubs d'homosexuels et de lesbiennes partout, afin d'imposer leur hégémonie et de coloniser le monde entier (...). Maintenant, ils exercent leur domination sur les grandes puissances (...). Ils ont aussi exercé leur domination sur l'Alle­magne, mais Hitler les a éliminés parce qu'ils l'avaient trahi (...). Tous les signes convergent en direction des Juifs, parce qu'ils sont les seuls capables de concevoir une action pareille [les attentats du 11 septembre 2001]. (...) Si les Américains avaient appris la vérité, ils auraient fait aux Juifs ce qu'Hitler leur a fait. (...) Allah a dévoilé le complot des Juifs qui essayaient de déformer l'image des musulmans20. »

Si les Juifs, mus par la haine de l'islam qui est chez eux une « dispo­sition naturelle21 », poursuivent depuis toujours leur objectif principal, la « destruction de l'islam », alors il convient de lancer contre eux le Jihad : le « combat sacré » représente la seule réaction légitime contre les pires ennemis des musulmans. Le « combat contre les Juifs » s'impose comme un « combat sacré ».

 

(p.346) Le topos judéophobe a été repris par Dieudonné dans ses diatribes contre « le peuple élu ». Dans un entretien publié le 23 janvier 2002 par Lyon Capitale, l'humoriste engagé et « antiraciste » tonitruant, interviewé en tant que candidat à l'élection présidentielle (tout arrive !), précisait sa pensée très approximative sur « les Juifs » : « Le racisme a été inventé par Abraham. "Le peuple élu", c'est le début du racisme. Les musulmans aujourd'hui renvoient la réponse du berger à la bergère. Juifs et musul­mans pour moi, ça n'existe pas. Donc antisémite n'existe pas parce que Juif n'existe pas [sic]. Ce sont deux notions aussi stupides l'une que l'autre. Personne n'est juif ou alors tout le monde [sic] (...). Pour moi, les Juifs, c'est une secte, c'est une escroquerie. C'est une des plus graves [re-sic] parce que c'est la première55. » La circulation de ce thème d'accusation a été fortement favorisée, dans les années 1990 et 2000, par l'action des relais médiatiques de la propagande palestinienne, particulièrement nombreux et efficaces en France. C'est ce dispositif qui a favorisé la banalisation de ce que Robert Wistrich a appelé « l'antisémitisme intellectuel » en Europe de l'Ouest56. À l'automne 2004, le journaliste-militant « antisioniste » Alain Ménargues, alors directeur général adjoint de l'information de Radio France Internationale (RFI), publie un essai « engagé » intitulé Le Mur de Sharon, aussitôt largement médiatisé. Dans un chapitre de son livre57, il fait remonter au Lévitique et à la séparation du pur et de l'impur le principe théologico-religieux dont s'inspire selon lui la « barrière de sécurité », qua­lifiée de « mur de la honte » en écho de la propagande palestinienne. La construction du « mur » manifesterait la volonté des Juifs de se séparer des Palestiniens « impurs », et marquerait la permanence de « l'esprit de ghetto58 ». Et le journaliste ne se prive pas d'affirmer dans les médias qu'Israël est « un Etat raciste59 ». Tout est bon pour démoniser Israël et le sionisme : un simple « mur » suffit. Tel est le détour fait par Ménargues pour justifier son accusation de « racisme », d'« épuration ethnique60 » et d'« apartheid » visant Israël61.

Parmi les nouveaux ennemis non déclarés des Juifs, à l'extrême gauche, on trouve ceux qui, pour illégitimer l'existence même d'un peuple juif doté d'une identité propre, poussent l'universalisme abstrait (p.347) jusqu'à l'absurde. Dans cette perspective dogmatique développée par des penseurs contemporains dits « radicaux », toute identité de groupe fait scandale en ce qu'elle est une mise à part, une manière pour une commu­nauté fictive de s'ériger en exception sacralisée ou de pratiquer un insup­portable exclusivisme, niant l'impératif d'égalité universelle. Le « bon Juif » ne peut être, à leurs yeux, que le Juif départicularisé, donc déjudaïsé, soit le Juif non-juif, le «Juif de négation » (comme dit Jean-Claude Milner) ou l'« Alterjuif » (comme dit Shmuel Trigano après Muriel Darmon), voire le Juif antijuif02. Qu'il y ait encore aujourd'hui des individus s'identifiant comme Juifs, cela relève pour eux de l'intolérable : il ne devrait y avoir que des individus semblables et égaux, de purs représentants quelconques du genre humain - « ni Juifs ni Grecs... ». Dans l'introduction de son""7 recueil de textes illustrant le genre « radical-chic » de la préciosité pamphlétaire, Circonstances, 3. Portées du mot « juif », paru en 2005, Alain Badiou définit ainsi l'objet de sa réflexion sur le mot «juif» : « II s'agit (...) de savoir si le mot "juif constitue, oui ou non, un signifiant excep­tionnel dans le champ général de la discussion intellectuelle publique, exceptionnel au point qu'il serait licite de lui faire jouer le rôle d'un signi­fiant destinai, voire sacré63. » La question ainsi posée n'est qu'un geste rhétorique : pour Badiou, la réponse est oui. Le « signifiant "juif » serait donc, parmi les « noms communautaires, religieux ou nationaux » indû­ment « sacralisés », le plus dangereux. Ce gauchiste de la chaire, resté un admirateur du dictateur Mao64, explicite ainsi sa position, en s'inscrivant * dans une lignée supposée prestigieuse : « Une variante abstraite de ma position consiste à remarquer que, de l'apôtre Paul à Trotski, en passant par Spinoza, Marx ou Freud, l'universalisme créateur ne s'est étayé du communautarisme juif qu'en créant un nouveau point de rupture avec lui. Il est clair qu'aujourd'hui, l'équivalent de la rupture religieuse de Paul avec le judaïsme établi, de la rupture rationaliste de Spinoza avec la Syna­gogue, ou de la rupture politique de Marx avec l'intégration bourgeoise d'une partie de sa communauté d'origine, est la rupture subjective avec l'État d'Israël, non dans son existence empirique, ni plus ni moins impure que celle de tous les États, mais dans sa prétention identitaire fermée à être un "État juif et à tirer de cette prétention d'incessants privilèges, singu­lièrement quand il s'agit de fouler aux pieds ce qui nous tient lieu de droit international65. »                                                                                     

 

(p.350) La racisation du sionisme culmine avec sa nazification, devenue ordi­naire dans le discours néo-gauchiste et néo-communiste des années 2000-2005 à travers l'amalgame polémique « Sharon = Hitler ». Mais dans le nom « Sharon », il faut entendre « Israël » ou « le sionisme », et, à travers la figure de Hitler, c'est le nazisme comme système raciste et génocidaire qu'il faut voir. Il faut enfin considérer ce que cet amalgame de propagande rend possible et acceptable, voire souhaitable. Face à cette figure supposée du Mal absolu, Israël, seule s'impose la logique de l'éradication totale. Le slogan « Mort à Israël ! » a remplacé le slogan « Mort aux Juifs ! ».

 

 

(p.353) L'antisionisme radical, figure contemporaine de la judéophobie

 

La mythologie « antisioniste » a une valeur instrumentale pour les ennemis de l'État juif dans la guerre culturelle qu'ils mènent contre ce dernier, partout dans le monde. Cette mythologie s'est inscrite au cœur de la vision islamiste du monde, qui tourne autour d'un projet utopique et « révolutionnaire » d'islamisation de la planète, objectif final d'une stra­tégie visant à multiplier les États islamiques, en commençant par renverser les gouvernements existants dans les pays musulmans jugés soumis à la mécréance occidentale. Dans le discours islamiste - quelles qu'en soient les variantes -, la « libération de la Palestine », comprise comme une « libéra­tion » de toute la « terre musulmane » de la Palestine dite « occupée » par les Juifs, constitue l'une des étapes fondamentales dans la réalisation du programme d'islamisation du monde. Autrement dit, dans la perspective islamiste, la « cause palestinienne » constitue à la fois un motif de Jihad et un puissant moyen d'attirer la sympathie de fractions du monde non-musulman afin d'y nouer des alliances provisoires. En Europe et dans les deux Amériques, par exemple, nombreux sont les militants pro-palestiniens, notamment à l'extrême gauche, qui puisent sans prudence ni scrupule dans la mythologie « antisioniste », croyant ainsi gagner en efficacité dans leur combat pour la cause palestinienne. Ils croient pouvoir négliger le fait que ladite « cause palestinienne » est déjà largement islamisée, et ce, d'une façon croissante depuis la fin des années 1980, comme en témoigne la création du Hamas. Ces militants néo-gauchistes ou tiers-mondistes, s'imaginant combattre pour la « libération » d'un peuple « opprimé » et en quête d'un État national, ne savent pas qu'ils combattent pour une cause islamique, par définition supranationale. Ou bien ils font semblant de ne pas savoir qu'ils soutiennent une « cause » nationale-religieuse impliquant la destruction d'un État existant, l'État d'Israël.

(p.354) La même mythologie « antisioniste » structure le système des croyances des masses musulmanes soumises à un endoctrinement perma­nent par les services spécialisés d'États autoritaires ou despotiques, présen­tant pour certains des traits totalitaires, que ce soit dans le monde arabe (Libye, Syrie, Arabie Saoudite) ou ailleurs, en particulier en Iran. Une enquête d'opinion sur les attitudes envers Israël dans cinq pays arabes (Egypte, Jordanie, Arabie Saoudite, Koweit et Liban), réalisée en mars 2002 par Zogby International, montre que le sentiment anti-israélien y est extrêmement fort : les opinions très défavorables envers Israël vont de 79 % en Egypte à 97 % en Arabie Saoudite1. Par ailleurs, d'autres enquêtes permettent d'établir que le rejet d'Israël se traduit par le rejet des Juifs : une étude d'opinion réalisée en Egypte après les attentats du 11 sep­tembre 2001 montre qu'environ 90 % des personnes interrogées ne sou­haitent pas avoir un Juif pour voisin2.

 

(p.355) (…) Les attitudes qu'on appelle ordinairement « anti-israéliennes » ou « antisionistes » sont donc dotées d'une valeur prédictive pour la connaissance des attitudes antijuives (« antisémites »). Il s'ensuit que lorsque les critiques envers Israël sont à la fois systématiques et virulentes, on peut considérer comme hautement probable le fait que ces critiques soient « le masque d'un antisémitisme sous-jacent7 ».

 

(p.357) La grande vague de judéophobie d’extension planétaire aujourd’hui observable a pour moteur principal une vulgate anti-israélienne qui, élaborée par la propagande soviétique autant que par la propagande arabo-musulmane dans les années 1950 et 1960, s’est mondialisée à grande vitesse depuis la fin des années 1960.

 

(p.358) Le concept d'antisionisme radical a été repris par Jean-Christophe Rufin dans son rapport remis au ministre de l'Intérieur (Dominique de Villepin) le 19 octobre 2004 : Chantier sur la lutte contre le racisme et l'antisé­mitisme. Un rapport exceptionnellement lucide et courageux, qui a valu à l'écrivain une campagne de dénigrement22. Dans son rapport, Rufin définit en particulier la catégorie d'« antisémitisme par procuration », qu'il distingue nettement de celles, respectivement, d'« antisémitisme comme pulsion » (celui des auteurs de violences) et d'« antisémitisme comme stratégie » (celui des idéologues ou des agitateurs professionnels). L'« anti­sémitisme par procuration » est « celui des facilitateurs qui, par leurs opi­nions - ou leur silence -, légitiment les passages à l'acte » tout en se gar­dant de commettre eux-mêmes des actions violentes23. Et, « parmi toutes les formes, subtiles, d'antisémitisme par procuration », Rufin en distingue une tout particulièrement, « l'antisionisme radical », dont la définition rejoint celle que j'avais donnée de la « nouvelle judéophobie » : « Cet antisionisme moderne est né au confluent des luttes anticoloniales, anti­mondialisation, antiracistes, tiers-mondistes et écologistes. Il est fortement représenté au sein d'une mouvance d'extrême gauche altermondialiste et verte. (...) La conférence de Durban (...) a donné lieu à la plus violente mise en scène de cet antisionisme antiraciste24. » Le médecin-écrivain met aussi fortement en évidence la force légitimatrice de l'antisionisme radical, comme forme dominante de la judéophobie contemporaine. Il en sou­ligne justement l'une des conditions, le couplage de la cause palestinienne avec d'autres causes mobilisatrices : « En légitimant la lutte armée des Palestiniens quelle qu'en soit la forme, même lorsqu'elle vise des civils innocents », l'antisionisme radical, « amalgamé à des thématiques aux­quelles les jeunes sont sensibles : l'avenir de la mondialisation, les dangers écologiques, la pauvreté croissante du Tiers-monde », tend à « légitimer les actions violentes commises en France même25 ».

 

(p.359) Le président Bush, surtout après les attentats antiaméricains du~7 11 septembre 2001, a été à son tour dénoncé comme «valet» ou « marionnette de Sharon », ou encore des « likoudniks ». Le numéro deux d'Al-Qaida, Ayman al-Zawahiri (né au Caire en 1951), considéré comme le « cerveau du Jihad »34, a déclaré sans fard en 2002 : « L'Amérique est aujourd'hui totalement contrôlée par les Juifs35. » « Les Juifs », et non pas seulement les « sionistes » ou les « likoudniks »... À bien des égards, dans (p.360) le nouveau discours antijuif, le jumelage de « l’impérialisme américain «  et du « sionisme » a remplacé le couplage du judaïsme et de la franc-maçonnerie, ainsi que l’amalgame entre Juifs et bolcheviks.

 

 

23:03 Écrit par justitia & veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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