26/08/2010

Taguieff (further)

 

(p.36) Les nouveaux judéophobes ne sont pas antijuifs comme Drumont ou Maurras, Fritsch ou Dùhring, Goebbels ou Hitler ont pu l'être. Ils le sont autrement. Ils expriment leur haine des Juifs avec d'autres mots (mais pas toujours), reformulent les vieux thèmes d'accusation, font jouer des repré­sentations nouvelles (notamment autour d'Israël et du sionisme), donnent de nouveaux récits de légitimation de leurs passions négatives, prônent des « solutions » inédites, et en général refusent avec vigueur de se dire « anti­sémites », voire prétendent lutter contre « le racisme et l'antisémitisme ». Ce qui n'est pas dépourvu d'une certaine logique, au moins d'ordre sémantique, dès lors que les Juifs ne sont plus perçus comme des « Sémites », et que des idéologues néo-communistes ou tiers-mondistes prétendent que le « nouvel antisémitisme » vise principalement les Arabes, en tant qu'immigrés ou en tant que musulmans - et, au Proche-Orient, en tant que Palestiniens. Certains théoriciens d'extrême gauche offrent un modèle sensiblement différent, en appelant confusément « nouvel antisé­mitisme » un système d'exclusion dont les deux « composantes » faisant couple seraient l'arabophobie (et/ou l'islamophobie109) et la judéophobie (ou l'« antijudaïsme »)1!0. Si le « politiquement correct » d'extrême gauche est ainsi scrupuleusement respecté, c'est sur la base d'une falsification des (p.37) faits, d'autant plus pernicieuse qu'elle n'est pas toujours volontaire ni même consciente. Quoi qu'il en soit, grâce à cette opération, la tâche des antiracistes institutionnels se simplifie et le slogan de la « solidarité dans les luttes » s'applique aisément : soit sous la figure « Juifs et Arabes un seul combat », soit sous cette autre : « Juifs et musulmans un seul et même ennemi. » La déréalisation des conflits (judéo-arabe et judéo-musulman) atteint ici des sommets, mais l'important est ailleurs, dans le gain symbo­lique obtenu : l'internationalisme prolétarien se survit dans la fiction de la solidarité des « victimes du racisme » ou du prétendu « nouvel antisémi­tisme » à double cible. La symbolique révolutionnaire est sauve. C'est dans cet espace du politiquement correct d'extrême gauche, centré sur la défense inconditionnelle de certaines catégories victimaires (Palestiniens, immigrés d'origine extra-européenne, « sans-papiers », musulmans, etc.), que prend son vrai sens l'usage polémique du mot « islamophobie » qui, au contraire du mot « arabophobie », permet de construire une ceinture de sécurité autour de tout ce qui concerne l'islam. « Islamophobie » fonc­tionne comme une catégorie d'amalgame, d'une part en effaçant les limites entre les comportements exclusionnaires visant respectivement les musul­mans en général, les Arabo-musulmans et les immigrés d'origine maghré­bine (ou turque, pakistanaise, etc.) de confession musulmane, d'autre part en mélangeant ce qui est de l'ordre du légitime examen critique d'une culture religieuse et ce qui relève de la volonté de stigmatiser, de discri­miner, d'exclure. En accusant mécaniquement d'islamophobie toute per­sonne procédant à un examen critique de l'islam, de ses dogmes comme de ses dérives politiques, un pseudo-antiracisme confond volontairement la critique avec le blasphème, et, tout en lançant des campagnes médiati­ques contre « l'islamophobie », propose de légiférer afin d'interdire cette dernière sous peine de sanctions pénales. La dénonciation de « l'islamo­phobie » est une machine de guerre culturelle.

Dans la construction de leur code culturel refondu, c'est-à-dire dans l'élaboration de leur nouveau langage antijuif, les judéophobes contempo­rains ont bâti sur la base de la démonisation du « sionisme » et d'Israël. Diaboliser la « race juive » ou « sémitique » comme étrangère et dange­reuse n'est plus de saison. Il faut désormais construire les « sionistes » en tant que criminels contre l'humanité ou « racistes ». L'antijuif de notre temps ne s'affirme plus « raciste », il dénonce au contraire « le racisme » comme il condamne « l'islamophobie » et, en stigmatisant les « sionistes » en tant que « racistes », il s'affirme « antiraciste » et « pro-palestinien ». Les antijuifs ont retrouvé le chemin de la bonne conscience. Une page psycho-historique est tournée, celle de l'après-guerre, qui aura duré presque un demi-siècle. Chez les Européens non juifs, le « devoir de mémoire » n'est plus porté par la mauvaise conscience née du sens d'une terrible responsabilité historique. Seuls demeurent les rituels des commé­morations officielles. Dans les nouvelles générations, malgré les efforts de nombreux enseignants, il ne reste plus rien du sentiment de culpabilité ni de la mauvaise conscience provoqués par le génocide nazi des Juifs d'Europe. Le processus de dissociation de la mémoire et de l'histoire était assurément inévitable. Mais ses conséquences sont imprévisibles. Cet évanouissement de la culpabilité ne conclut pas nécessairement à la judéophobie à visage serein, mais il lui ouvre la voie, la rend de nouveau possible.

 

(p.41) La haine de soi se développe sui­vant deux orientations : d'une part, l'identification avec le groupe majori­taire, ce qui définit le conformisme social, et, d'autre part, l'identification avec l'agresseur ou l'ennemi, faisant surgir le type du « traître » ou du «collaborateur». Le cas du «Juif non juif» (voire anti-juif) américain Noam Chomsky ou celui du Français anti-occidental Roger Garaudy sont exemplaires d'un telle dérive. Le premier, qui a professionnalisé depuis les années 1960 la dénonciation des méfaits de « l'impérialisme américain » (devenu récemment « l'empire américain »), s'est lancé dans le combat idéologique radical contre Israël et s'est montré complaisant à l'égard du pape du négationnisme, Robert Faurisson132. Le second, après s'être cons­truit une image d'humaniste sans frontières, s'est converti d'abord à l'islam, lancé ensuite dans la propagande « antisioniste », pour finir par faire cause commune avec les milieux négationnistes, accueilli comme un pro­phète en Iran comme dans le monde arabo-islamique.

 

(p.43) Le 12 septembre 2007, Al-Qaida a mis à prix la tête du caricaturiste suédois coupable d'avoir dessiné le prophète Mahomet avec un corps de chien quelques semaines auparavant. Abou Omar al-Bagdadi, le chef d'Al-Qaida en Irak, a offert 100 000 dollars pour l'assassinat de Lars Vilks, ainsi que 50 000 dollars supplémentaires « s'il est égorgé comme un agneau ». Ce que les islamistes, leurs alliés et leurs sympathisants appellent l'« islamo-phobie », ou la « diffamation religieuse », semble être devenu le péché suprême, la faute impardonnable. Des militants et des intellectuels engagés leur emboîtent le pas, et affirment que l'« islamophobie » représente la principale ou la plus dangereuse forme de « racisme ». C'est là une stra­tégie d'intimidation dont la mise en œuvre a commencé avec la fatwa proclamée le 14 février 1989 par l'ayatollah Khomeyni contre l'écrivain Salman Rushdie, coupable à la fois d'être l'auteur des Versets sataniques (1988), livre jugé « blasphématoire » envers l'islam, et d'être un apostat141. L'écrivain et les éditeurs du livre censé être « opposé à l'islam, au Prophète et au Coran » furent ainsi condamnés à mort par le dictateur intégriste : « J'appelle tous les musulmans zélés à les exécuter rapidement, où qu'ils se trouvent, afin que personne n'insulte les saintetés islamiques. » Pour les islamistes, le péché d'« islamophobie » mérite la mort. Les agitateurs islamistes (p.44) en prennent prétexte pour provoquer des incidents ou des émeutes, lesquelles font des morts et des blessés. Ce sont là autant d'avertissements lancés aux Occidentaux, et plus particulièrement aux Européens, plus per­méables à l'islamisation que les Américains. De l'affaire Rushdie à l'affaire des caricatures danoises (février 2006), sans oublier la campagne contre Benoît XVI (septembre 2006)'42, un même message est lancé aux Occi­dentaux : « Vous n'êtes plus libres de dire ce que vous pensez de l'islam, du Prophète et du Coran. » Voilà qui doit nous conduire à une interroga­tion portant à la fois sur la lutte contre « le racisme » et sur la défense des droits de l'homme, ou plus exactement sur leurs défenseurs et les positions prises par ces derniers.

 

Voyage au centre du kadhafîsme : analyse d'un cas

 

Il est parfois bon de faire un détour par des contrées peu accueillantes, telle la Libye islamo-nationaliste, et, plutôt que d'admirer le décor, d'en explorer l'envers. Ce pourra être ici l'occasion de dresser un bilan de la défense des droits d'homme à la libyenne et d'explorer briève­ment la nébuleuse « antisioniste » dans laquelle révolutionnaires commu­nistes, gauchistes, nationalistes arabes, nazis et islamistes se donnent la main. Au pouvoir en Libye depuis 1969 à la suite d'un coup d'État, le colonel Mouammar Kadhafi, « le Guide éclairé », au terme supposé d'une longue carrière de soutien polymorphe au terrorisme international, semble être devenu respectable, après un abandon opportuniste, en décembre 2003, de son programme d'armes de destruction massive, devenu contre-productif. Les familles des victimes des divers attentats organisés par les services de la dictature kadhafienne ont été indemnisées, et, en mai 2006, la Libye a été retirée de la liste américaine des États soutenant le terrorisme143. Si l'ancien paria de la communauté internationale a fini par y être intégré, c'est grâce à l'argent du pétrole et aux contrats qu'il est censé assurer'44, mais aussi grâce à un savoir monnayable sur le terrorisme international. L'abandon affiché d'un programme nucléaire devenu encombrant et dangereux pour la survie de son régime est emblématique du tournant tactico-stratégique opéré par le « Guide de la Révolution » dans le nouveau contexte international créé par le 11 septembre 2001, l'intervention militaire américaine en Irak (2003) et la hausse du prix du brut145. Le régime kadhafien n'en reste pas moins une dictature militaro-policière où, en matière de droits de l'homme, l'emprisonnement des opposants rivalise avec l'usage de la torture. Il convient de rappeler que, dans l'affaire des infirmières bulgares et du médecin palestinien, accusés sans preuves et incarcérés dans des conditions terrifiantes durant huit ans avant d'être libérés à la suite d'un odieux marchandage, les autorités (p.45) libyennes n'ont pas hésité à recourir à la torture146. On oublie un peu vite la campagne lancée par Kadhafi dans le monde arabo-musulman au début des années 2000, qui consistait à présenter lesdites infirmières « étran­gères » comme des agents du Mossad et de la CIA ayant accompli leur mission criminelle d'injecter le virus du sida à des enfants libyens de la ville de Benghazi sous prétexte de les immuniser. Dans cette accusation délirante d'empoisonnement d'enfants musulmans par un commando « américano-sioniste », le stratège cynique ne faisait qu'un avec le tenant de la pensée magique, s'inspirant des vieilles accusations médiévales d'empoisonnement des puits, sans parler d'une célèbre tentative d'empoi­sonnement du Prophète par l'une de ses épouses, juive bien entendu147. En outre, parmi les prisonniers politiques, on compte de nombreux « dis­parus », ainsi que le soulignent diverses organisations de défense des droits de l'homme depuis des années148. Bref, ce n'est un secret pour personne que le régime libyen bafoue les libertés fondamentales.

Or, ne se contentant ni de la puissance financière, ni du pouvoir absolu dans son pays, ni même d'être l'auteur de la Troisième Théorie Universelle  (exposée  dans Le Livre vert)149,  le leader suprême  de la « Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste », trahissant sa mégalomanie sans bornes,  a créé en 1988-1989,  avec son ami Jean Ziegler, sociologue suisse d'extrême gauche, le prix Kadhafi des droits de l'homme. L'expression résonne aussi étrangement qu'un prix Staline de la liberté ou qu'un prix Hitler de l'égalité et de la fraternité. Parmi les lau­réats récents du prix Kadhafi, on remarque avec grand intérêt, mais sans surprise, les personnalités prestigieuses suivantes : Louis Farrakhan (1996), Fidel Castro (1998), Roger Garaudy (2002, avec d'autres), Hugo Châvez (2004) et Mahathir Mohamad (2005). En tant qu'intellectuel engagé, mais aussi en tant que « rapporteur spécial » ou « expert » dans certaines ins­tances des Nations unies chargées des droits de l'homme150, le néo­marxiste et « humaniste » Jean Ziegler, ami genevois de Tariq Ramadan et de Roger Garaudy - autres « humanistes » -, est souvent intervenu dans l'espace public, toujours dans un sens anti-occidental, tiers-mondiste et « antisioniste ». Au milieu des années 1970, Ziegler a ainsi formulé sa thèse fondamentale sur ce qui menace le genre humain : « Le système impéria­liste  mondial est   (...)  le  mal absolu  concret.   Il domine  et  ravage aujourd'hui les trois quarts de l'humanité151. » Nulle trace d'antitotalita­risme ne risque d'être découverte chez cet universitaire engagé dans l'anti-impérialisme gnostique, pour qui le communisme reste une utopie aussi nécessaire qu'attractive, ce qui ne l'empêche nullement de se laisser fas­ciner par des dictateurs islamo-nationalistes, et de collaborer avec eux. On le rencontre par exemple au « conseil scientifique » de la revue Nord-Sud XXI, dirigée par un grand ami d'Hugo Châvez, Ahmed Ben Bella, qui, depuis les années 1950 durant lesquelles il était sous l'influence des milieux nassériens et de certains nationalistes arabes pro-nazis152, milite pour la des­truction de l'État d'Israël153. Pour retracer fidèlement l'itinéraire « rouge- brun-vert » de Ben Bella, il faudrait faire plus qu'évoquer les relations entre ce dernier et le banquier suisse nazi François Genoud, ami du « Grand Mufti » de Jérusalem depuis 1936 et ennemi inconditionnel du « sionisme mondial ».

 

/ Genoud / Admirateur lui-même de Nasser, qu’il appréciait particulièrement pour sa lutte contre ‘le sionisme’ largement organisée par d’anciens nazis réfugiés en Egypte, (…)

 

(p.50) Pour mieux situer le régime kadhafiste, il faut rappeler d'abord que son Guide suprême a toujours refusé, à l'instar de l'Iran et de la Syrie, de reconnaître l'existence de l'État d'Israël, contre lequel la Libye est toujours officiellement en guerre. Son soutien polymorphe à la cause palestinienne n'était que l'expression la plus visible d'un antisionisme radical faisant feu de tout bois. Comme le roi Fayçal d'Arabie Saoudite, le colonel Kadhafi était connu pour offrir des exemplaires des Protocoles des Sages de Sion à ses hôtes de marque, et ce, dans la langue qu'ils étaient à même de comprendre183. Kadhafi a résumé sa position sur les Juifs et Israël dans un discours prononcé en décembre 1980 : « Le retour des Juifs en Palestine, la formation d'une nouvelle société impérialiste et raciste ne représente qu'un prétexte qui a entraîné le problème actuel du Moyen-Orient, qui mènera, sans doute, à une troisième guerre mondiale184. » II faut rappeler ensuite que le dictateur libyen continue de nier le génocide au Darfour, en suggérant qu'il s'agit pour l'essentiel d'une invention occidentale, ou d'une exagération confinant au mensonge de propagande. Quant au com­portement de « l'homme » Kadhafi, célébré comme le « libérateur des femmes185 », le témoignage de la journaliste Memona Hintermann, victime en 1984 d'une tentative de viol de la part du « Frère Guide » menaçant de la « flinguer », montre qu'il s'apparente à celui du voyou ordinaire186. Dans un discours prononcé le 12 décembre 2007 à Paris, sur le thème « la situa­tion des femmes dans le monde », le « Frère Guide » a dénoncé sans ver­gogne la « condition tragique » dans laquelle se trouvait selon lui « la femme européenne, obligée de faire parfois un travail dont elle ne veut pas ». Et de proposer ses services : «Je voudrais sauver la femme euro­péenne qui se débat187. » On reconnaît là une variation sur le thème unique du discours kadhafien face à l'Europe : si seule la conversion à la « vraie religion », l'islam, peut sauver les Européens, seul le « Guide de la Révolution » peut sauver les Européennes. Parmi les thuriféraires présents, Mme Beyala s'est particulièrement distinguée par son commentaire : « II admire les femmes, il les a libérées et promues188. » C'est la jeune secrétaire d'État chargée des Affaires étrangères et des Droits de l'Homme, Rama Yade, qui a sauvé l'honneur de la France en déclarant dans une interview parue le jour de l'arrivée du dictateur, coïncidant avec la Journée interna­tionale des Droits de l'Homme : « Le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n'est pas un paillasson sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits189. » Mais, plus généralement, il convient de se demander si la méthode des échanges commerciaux, accompagnés de leçons en matière de droits de l'homme, avec les dictatures a des chances d'inciter ces dernières au respect des libertés fondamentales, ou si elle ne risque pas bien plutôt de leur fournir une légitimation démocratique, coupant l'herbe sous le pied à toute opposition (p.51) interne. Le romancier algérien Boualem Sansal, qui connaît de l'intérieur le fonctionnement des dictatures arabo-musulmanes, souligne les raisons de se montrer sceptique à l'égard des stratégies de coopération avec des régimes despotiques, en particulier avec celui de Kadhafi, ce « richissime bandit » : « Avec des régimes comme ceux de Bouteflika et Kadhafi, les démocraties occidentales ne peuvent pas grand-chose. Tout ce qu'elles diront et feront sera retourné contre elles et contre nous. Nos leaders sont de redoutables tennismen. Ils connaissent tous les coups pour détruire les balles en vol. Comme d'habitude, ils se dresseront sur leurs ergots et crieront : ingérence, colonialisme, néocolonialisme, impérialisme, atteinte à nos valeurs islamiques, lobby juif, etc. La menace terroriste ne les gêne pas plus que ça. En tout cas, ils veulent la gérer selon leurs vues et leurs besoins tactiques, loin du regard étranger. "Le terrorisme reste à définir", disait Kadhafi en Espagne. Bouteflika avait dit une chose simi­laire. La menace terroriste est pour eux pain bénit, elle leur permet de maintenir la société sous étroite surveillance et [de] ridiculiser ses préten­tions démocratiques, toujours présentées comme susurrées par l'Occident dans le but d'affaiblir nos valeurs nationales190. »

Un certain angélisme régnant dans les diplomaties occidentales empêche de prendre la mesure de l'anti-occidentalisme, toujours mêlé d'« antisionisme », que les régimes despotiques instrumentalisent cynique­ment pour se protéger de toutes les critiques internes et externes. Pour se faire une idée de la conception très particulière des « droits de l'homme » que partagent les autocrates comme Kadhafi et les idéologues néo-tiers-mondistes comme Ziegler, il suffit de rappeler le déchaînement de haine contre Israël et l'Occident qui a marqué la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance, organisée à Durban du 31 août au 8 septembre 200l191. Les rapports préparatoires en vue d'une nouvelle conférence mondiale contre le racisme, prévue pour 2009, font craindre que Durban 2 soit pire que Durban l192, dont on sait qu'elle s'était transformée en meeting antijuif international, centré sur la dénonciation du « sionisme » comme « racisme ». D'autant que la Libye, devenue en janvier 2008 l'un des dix membres provisoires du Conseil de sécurité de l'ONU, est chargée de préparer la conférence de Durban 2. La Libye a été élue en effet à la présidence de cette conférence, Cuba en occupant la vice-présidence ainsi que la charge de rapporteur. Deux dic­tatures sont ainsi chargées de diriger les travaux d'une conférence mon­diale contre le racisme : tel est le paradoxe tragi-comique de ce dernier avatar de l'antiracisme onusien. Le parti pris clairement anti-israélien de Durban 2 a été dévoilé par le fait que d'importantes réunions préparatoires ont été convoquées pendant les grandes fêtes juives, Pessah et Yom Kip-pour, ce qui doit empêcher les représentants israéliens d'y participer.

23:10 Écrit par justitia & veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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