26/08/2010

Taguieff (the end)

Après l'arrestation de Youssouf Fofana, les violences antijuives ordi­naires ont repris de plus belle en France. Pour éviter les reconstructions sociologisantes en langage « politiquement correct », qui masquent le vécu des agressions par leurs victimes, contentons-nous d'enregistrer quelques-uns des incidents tels qu'ils ont été racontés par ces dernières ou des témoins oculaires, avec leurs mots. Le 3 mars 2006, à Sarcelles (Val-d'Oise), trois jeunes adolescents juifs français ont été agressés par des Noirs et des individus décrits comme des « Nord-Africains ». Le lendemain, à Sarcelles encore, devant un restaurant casher, quatre « individus de cou­leur », d'origine africaine selon des témoins, ont pris à partie un jeune Juif de 28 ans portant kippa. La victime, souffrant de contusions, a été hospi­talisée à la suite d'une blessure à l'épaule. Les quatre auteurs présumés de l'une des agressions ont été arrêtés par la police98. Depuis la fin des violences urbaines de novembre 2005, le maire PS de Sarcelles, François Pupponi, avait recensé début mars 2006 trente agressions, « la plupart contre les Juifs99 ». Le 6 mars, un élève juif de 13 ans et demi du collège Gilbert-Dru (Lyon) était agressé devant son collège par des jeunes qui, selon certains témoins, auraient été originaires de Turquie ou d'Afrique du Nord. Les quatre agresseurs, âgés de 14-15 ans, l'ont frappé violemment au visage, lui brisant le nez, puis l'ont jeté à terre et se sont acharnés sur leur victime malgré la présence de témoins, qui d'ailleurs se sont enfuis. Ils ont fini par dire à la victime : « Sale Juif ! Si tu parles, on te tue ! » La famille a porté plainte. Les quatre mineurs ont été interpellés puis placés en garde à vue pour « violence en réunion et injures à caractère anti­sémite ». Le recteur de l'académie de Lyon, Alain Morvan, a dénoncé une agression « d'inspiration antisémite » et a ouvert une enquête adminis­trative. Il a également porté plainte. Au collège Mauvert (Villeurbanne), dans une affaire de racket de portables, un groupe de jeunes d'origine maghrébine et africaine, depuis le 3 mars, insultait des élèves juifs (« Sales Juifs ! ») et les menaçaient d'actes similaires à ceux attribués à Youssouf Fofana. Des plaintes ont été déposées par des parents d'élèves du collège. Toujours à Villeurbanne, une lettre anonyme de menaces a été reçue par la synagogue de la ville, évoquant un projet d'attentat à la voiture piégée. Dans la nuit du 6 au 7 mars, la caméra de surveillance d'une école

(p.480) talmudique a été brisée. Un homme a été interpellé par la police et placé en garde à vue. Le 7 mars au matin, à Paris (75019), une dame juive âgée, Mme A., volontaire bénévole aux Tables du cœur (les « restes du cœur » casher), a été prise à partie par un individu qu'elle a décrit comme « maghrébin », dans la rue de Lorraine, à hauteur d'un foyer de travailleurs immigrés. Cet individu a proféré des insultes antisémites et lui a porté un violent coup sur la tête. Mme A. a déposé plainte. Le 12 mars 2006, à Garges-les-Gonesses (95), A. Didier (32 ans) a été victime d'une agression accompagnée d'insultes antijuives, dans les conditions ainsi précisées par le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA) : « A. Didier conduisait sa voiture lorsqu'il s'est rendu compte qu'un véhicule le poursuivait. Il s'est arrêté pour demander à ses 3 poursuivants - deux hommes d'origine africaine et un d'origine maghrébine -, de cesser de le "coller". Ceux-ci pénétrèrent de force dans son automobile. La victime déclare avoir entendu l'homme d'origine maghrébine dire en arabe "Ha Yehoudi" (« c'est un Juif»). Les trois individus le mettent à terre, lui assènent des coups au corps et à la tête et s'enfuient quand un troisième véhicule arrive. Malgré ses contusions et une côte fêlée, la victime relève le numéro d'immatriculation, se rend au commissariat de police pour y déposer plainte. La police a identifié et interpellé deux des agresseurs100 » Autre exemple de violence antijuive ordinaire : dans la soirée du 10 avril 2006, sur le parking du centre commercial Val-d'Europe à Serris (Seine-et-Marne), un homme de 43 ans portant une kippa a été pris à partie par quatre jeunes. L'un d'entre eux, titubant, s'est accroché avec l'homme, lui lançant des insultes antisémites avant de s'en prendre à lui physiquement, avec deux de ses amis, en le frappant à la tête et à la mâchoire. La victime a reçu 10 jours d'ITT. Grâce à l'intervention des vigiles, deux des jeunes ont pu être interpellés, mais les deux autres ont réussi à s'enfuir. A l'issue des 48 heures de garde à vue, les deux jeunes arrêtés sont passés en comparution immédiate devant le tribunal correc­tionnel de Meaux. Cet homme avait été agressé et violenté en tant que Juif, identifié comme tel par la kippa qu'il portait. Les deux jeunes majeurs ont été condamnés à quatre mois d'emprisonnement, dont un mois ferme avec mandat de dépôt. Lors de son réquisitoire, le procureur a établi une comparaison avec l'affaire Ilan Halimi.

L'année 2006, sur le front de la judéophobie, avait donc fort mal commencé : les premières statistiques policières, loin de confirmer la baisse des violences antijuives de 2005, faisaient apparaître une hausse. Cette dernière se confirmera dans les mois qui suivront101. Certes, une tendance à la baisse a été constatée au dernier trimestre 2006, qui s'est maintenue en 2007102. Mais, ainsi que l'a suggéré le rapport du SPCJ, les incidents antijuifs forment désormais un « bruit de fond » dans la société française. Et l'on doit relever le fait que, dans les années 2000, le total annuel des incidents antijuifs n'est jamais redescendu au niveau où il se situait avant le début de la seconde Intifada. Bref, la vague antijuive est toujours là, dans les esprits plus que dans les violences physiques observables. Mais ces dernières n'ont pas disparu du paysage. Le 22 février 2008, à Bagneux encore, deux ans après l'assassinat d'Ilan Halimi, un jeune Juif de 19 ans, (p.481) Mathieu Roumi, a été séquestré par six jeunes, âgés de 17 à 25 ans, qui lui ont fait subir des sévices à caractère antijuif et homophobe103. Séquestré dans un appartement, puis dans un box d'une cité HLM (la résidence Pablo-Picasso), le jeune garçon a été attaché avec des menottes. Avec un Typex, ses agresseurs lui auraient inscrit sur le visage les insultes « sale juif» et « sale pédé », avant de le forcer à avaler des mégots de cigarette et des médicaments comme des suppositoires, puis de l'obliger à boire jusqu'à l'ivresse et à sucer un préservatif déroulé sur un bâton. Des heures durant, le jeune homme a été insulté, humilié, frappé à coups de poing et de pied. Pour effrayer encore plus leur victime, ses agresseurs ont à plusieurs reprises fait référence au « gang des barbares » de Youssouf Fofana. « Nous admirons Youssouf Fofana », lui ont-ils crié au visage. Mathieu a été relâché, en sang, en début de soirée, à la suite d'un diffé­rend entre ses geôliers et tortionnaires. Le jeune homme, « très choqué », a été hospitalisé le soir de son agression. Il a porté plainte le lendemain. Les six agresseurs ont été arrêtés dans les jours qui ont suivi et placés en détention le 27 février. Ils ont été mis en examen et écroués pour « violences aggravées en réunion et en raison de l'appartenance véritable ou supposée à une race ou à une religion », et « en raison de l'orientation sexuelle vraie ou supposée », « séquestration en bande organisée, actes de torture et de barbarie, vol aggravé, extorsion et menaces ». Le CRIF a souligné le fait que les agresseurs étaient jeunes et que, « dans cette géné­ration, la connotation antisémite des violences vient très vite, cela fait partie de leur fonds culturel ». Que les attitudes judéophobes se soient à la fois répandues et banalisées, c'est ce que révèle la remarque conclusive de la journaliste du Monde : « Dans la cité, les jeunes habitants ne com­prennent effectivement pas l'émotion suscitée par cette agression104. »

L'affaire Ilan Halimi nous donne une leçon que Léon Poliakov avait parfaitement formulée : « Ceux qui ne dénoncent pas l'antisémitisme sous sa forme primitive et élémentaire, au seul motif qu'elle est si primitive, devront affronter la question de savoir s'ils ne donnent pas secrètement leur approbation aux antisémites partout dans le monde, justement pour cette raison1"5. » Comment les citoyens français et européens, ceux du moins qui sont conscients des effets dévastateurs de l'ethnicisation des rapports sociaux dans un contexte de fragmentation conflictuelle des États-nations que savent exploiter les stratèges islamistes, pourraient-ils avoir quelque raison de voir l'avenir en rosé ?

 

 

 

CHAPITRE   20 Guerre contre les « judéo-croisés » et droit de légitime défense

 

(p.485) La récente vague judéophobe en France, quelles que soient ses parti- / cularités nationales, n'est intelligible qu'à la condition d'être rapportée au contexte international spécifique dans lequel elle se déploie, celui d'une nouvelle guerre contre les Juifs et, plus largement, contre les «judéo-croisés », déclarée par les seuls islamistes radicaux, mais conduite avec le soutien de certains pays musulmans et la sympathie d'une partie de l'opi­nion du monde musulman, aussi divers soit-il. La « nouvelle judéo-phobie » est inséparable d'un nouvel anti-occidentalisme, qui prend le plus souvent la figure d'un antiaméricanisme aussi virulent que paranoïaque (son postulat étant que tous les malheurs du monde sont imputables, de près ou de loin, aux Américains et aux « sionistes »). Cette guerre ne se réduit pas aux attentats terroristes de grande envergure, dont le nombre a considérablement augmenté dans les années 20001. Cette guerre est notamment conduite sous la forme d'une guerre culturelle au sein des pays occidentaux par des prédicateurs proches des Frères musulmans ou des milieux wahhabites, souvent de tendance salafiste2, soutenus par une multitude d'associations pratiquant le prosélytisme. Leur objectif est d'abord d'empêcher l'intégration des populations issues de l'immigration par un endoctrinement islamiste les mettant à l'écart de la société globale (d'où l'importance du port du voile islamique), ensuite de favoriser la création de réseaux de soutien et de groupes de militants fanatiques prêts à tuer et à sacrifier leur propre vie pour la cause3. Pour comprendre la signification de ces comportements, il convient de rappeler leur cadre théologico-religieux, clairement résumé dans le 5e point du credo des Frères musulmans, entériné par leur IIIe congrès, en mars 1935 : «Je crois que le musulman a le devoir de faire revivre l'Islam par la renaissance de ses différents peuples, par le retour de sa législation propre, et que la bannière de l'Islam doit couvrir le genre humain et que chaque musulman a pour mission d'éduquer le monde selon les principes de l'Islam. Et je promets de combattre pour accomplir cette mission tant que je vivrai et de sacrifier pour cela tout ce que je possède4. »                                         

 

La condition de toute action collective contre la « montée de l'anti­sémitisme » est, bien sûr, de reconnaître que l'intégration des jeunes issus de l'immigration peut et doit être améliorée. Car elle a en partie échoué5. Le chômage frappe massivement les jeunes Français issus de l'immigration maghrébine et africaine subsaharienne, soumis à des discriminations spéci­fiques (à l'emploi et au logement). Cette situation favorise la montée du (p.484) ressentiment (« C'est la faute de la France si... ») et sa traduction dans l'idéologie victimaire, qui enferme le sujet dans une alternative : la reven­dication haineuse ou la délinquance violente. Cette dernière s'est mani­festée en France lors des manifestations lycéennes organisées à Paris, en particulier le 8 mars 2005, dont Luc Bronner, dans Le Monde, a fait un compte rendu  scrupuleux,  étranger au  « politiquement correct ». Des lycéens, perçus comme des « Français de souche » à travers divers indices (couleur de la peau, habillement, etc.), ont été attaqués, tabassés et déva­lisés par des « bandes de jeunes Noirs », « casseurs » et « cogneurs » venus de certaines banlieues parisiennes (Seine-Saint-Denis) et des quartiers nord de Paris6. Le journaliste du Monde a justement pointé dans ces actions violentes « un mélange de racisme et de jalousie sociale », dont témoigne ce programme d'action esquissé par la formule d'un « cogneur » : « Se venger des Blancs. » Un certain nombre de témoins, journalistes ou mili­tants politiques, n'ont pas hésité, dans ce contexte, à parler de « racisme anti-Blancs »  ou « anti-Français »  (« francophobie »)  et de « ratonnades anti-Blancs ». Ces expressions ont choqué certains milieux « antiracistes », et une polémique s'est déclenchée, montrant une fois de plus la fissure entre   les   organisations   « antiracistes »   pro-immigrationnistes   (MRAP, Ligue des droits de l'homme) et les autres (parmi lesquelles la Liera s'est montrée la plus lucide).

 

(p.485) Depuis la fin des années 1980, les islamistes les plus avisés ont compris qu'ils étaient plus libres dans les pays démocratiques européens garantissant les libertés publiques que dans la plupart des pays musulmans. Pourquoi ne pas profiter de la tolérance dont font preuve les démocraties libérales/pluralistes, notamment en y pratiquant ce que Youssouf al-Qaradhawi, l'autorité suprême des Frères musulmans et plus largement, depuis le début des années 1990, du « Mouvement islamique » en Europe, appelle l'« ouverture sans fusion13 » ? La stratégie islamiste de l'inclusion différentialiste fait partie du projet d'islamisation en douceur de l'Europe, étape par étape. L'Europe est ainsi devenue une terre de conquête par le dialogue (« inter-religieux », bien sûr) et la séduction rhétorique, visant certains secteurs de l'opinion, en particulier l'électoral de gauche et d'extrême gauche, supposés sensibles à la cause palestinienne, l'un des principaux vecteurs de la propagande islamiste destinée à l'Occident. Dans le code culturel islamique auquel recourt Tariq Ramadan, l'Europe constitue un « espace de témoignage », distinct à la fois de la « demeure de la guerre » et de la « demeure de l'islam14 ». Mais la stratégie du « témoignage-dialogue » n'exclut nullement la pratique du Jihad lorsque certaines conditions sont favorables, en vue de réaliser des objectifs divers (terroriser les populations civiles, faire pression sur les gouvernements, entretenir le sentiment d'une menace, etc.). L'assassinat par un fanatique salafiste, le 2 novembre 2004 à Amsterdam, du cinéaste Théo Van Gogh a provoqué une prise de conscience, aux Pays-Bas comme en Belgique : la réalité de (p.486) la menace islamo-terroriste a été enfin reconnue15. Car les conditions d'une mobilisation et d'une radicalisation des milieux islamistes sont tou­jours là : imams radicaux prêchant lejihad dans certaines mosquées trans­formées en foyers fondamentalistes, sites Internet et émissions de radio appelant à la haine, diffusion de cassettes audio et vidéo, usage de ce matériel de propagande par des recruteurs jihadistes dans certains quartiers où ils sont concentrés, etc. Quant au programme politico-religieux des islamistes de toutes obédiences pour l'Europe, il peut être défini par l'islamisation progressive de l'espace européen, selon le plan des Frères musulmans qu'a récemment dévoilé un service de renseignements occidental. Mais cet objectif ainsi résumable : « De l'islam européen à l'Europe musulmane16 » n'est lui-même qu'une étape stratégique dans la vaste entreprise imaginée par les chefs de la confrérie des Frères musulmans : établir un « pouvoir islamique sur toute la terre » par tous les moyens, par l'infiltration dans tous les lieux de pouvoir, par la propagande et l'endoctrinement à travers la prédication, par l'alliance avec les combat­tants dujihad, et, s'il le faut, par la guerre17. Tel est le programme d'action exposé systématiquement dans un « rapport » anonyme en langue arabe, le « Projet », daté du 1er décembre 1982, qui a été découvert, lors d'une perquisition effectuée à la demande de la Maison Blanche après le 11 sep­tembre 2001 à Campione, dans la villa de Youssef Nada, directeur de la banque Al-Taqwa, banquier et émissaire secret des Frères musulmans. Ce « rapport » est intitulé « Vers une stratégie mondiale pour la politique islamique (Points de départ, éléments, procédures et missions)18 ». Cette stratégie est celle du « Mouvement islamique mondial » dont l'objectif final est l'établissement d'un État islamique mondial à travers la multipli­cation des États islamiques. C'est dans cette perspective utopique que sont pensées l'islamisation de l'Europe et l'islamisation de la cause palestinienne.

Le « point de départ 11 » du « Projet » consiste à « adopter la cause palestinienne sur un plan islamique mondial, sur un plan politique et par le biais dujihad, car il s'agit de la clef de voûte de la renaissance du monde arabe d'aujourd'hui ». Ce « point de départ » à la fois particulier et essen­tiel est ainsi commenté, quant à ses « éléments », ses « procédures » et les « missions suggérées » : « Préparer la communauté des croyants au Jihad pour la libération de la Palestine. (...) Créer le noyau dujihad en Palestine (...) et le nourrir pour entretenir cette flamme qui va éclairer le seul et unique chemin vers la libération de la Palestine (...). Recueillir suffisam­ment de fonds pour perpétuer lejihad. (...) Lutter contre le sentiment de capitulation au sein de l'Oumma, refuser les solutions défaitistes, et mon­trer que la conciliation avec les Juifs porterait atteinte à notre mouvement et à son histoire. (...) Créer des cellules de Jihad en Palestine, les soutenir pour qu'elles couvrent toute la Palestine occupée. Créer un lien entre les Moudjahidines en Palestine et ceux qui se trouvent en terre d'islam. Nourrir le sentiment de rancœur à l'égard des Juifs et refuser toute coexistence. »

Ce programme rejoint celui de la branche piétiste des salafistes considérant l'Europe, « terre de mécréance », comme une « terre de pacte », au contraire de la branche jihadiste, qui la considère comme une (p.487) « terre de guerre », où le Jihad est licite19. Les attentats de Madrid, le 11 mars 2004 (191 morts), et ceux de Londres, le 7 juillet 2005 (56 morts), montrent, à la suite du méga-attentat du 11 septembre 2001, que les islamistes radicaux ont décidé de porter la guerre contre l'Occident au cœur même des pays occidentaux. La deuxième étape de ce programme d'islamisation de l'Europe, adapté à la situation nouvelle des années 2000, consiste à organiser le prosélytisme islamiste dans les prisons européennes, notamment françaises, lesquelles sont devenues l'un des principaux lieux de conversion ou de reconversion à un islam intégriste et de combat, compte tenu du grand nombre de détenus musulmans, dont les demandes spécifiques ne sont guère prises en considération20. Parallèlement, les orga­nisations islamistes officielles et les islamistes les plus intellectualisés (du type Tariq Ramadan) s'efforcent de rendre acceptable une loi interdisant le blasphème au nom du « respect des croyances religieuses », manière de faire passer toute critique de l'islam, voire de l'islamisme, pour de l'islamo-phobie. Le principe de la liberté d'expression n'étant pour ses ennemis islamistes qu'une détestable invention de l'Occident moderne, un produit juridico-politique de la mécréance visant à légitimer les attaques contre l'islam, il faut le limiter par un principe contraire. Dans son sermon prononcé au Qatar et diffusé par Al-Jazira le 30 novembre 2000, Youssouf al-Qaradhawi réaffirmait que l'islamisation de l'Europe n'était qu'une étape sur la voie de l'islamisation du monde : « Avec la volonté d'Allah, l'islam retournera en Europe, et les Européens se convertiront à l'islam. Ils seront ensuite mieux à même de propager l'islam dans le monde, mieux que nous, les anciens musulmans. Tout cela est possible, pour Allah21. »

L'Europe est ainsi devenue un espace islamisable par divers moyens, dans l'esprit de nombre d'islamistes, dits modérés ou radicaux de diverses obédiences. La défense militante du port du voile islamique (hidjab) est l'un de ces moyens22, qui s'accompagne d'une violente dénonciation du « racisme » de l'Etat français ou de « l'islamophobie » de la société française, dans laquelle la loi interdisant le port des signes religieux dans l'espace scolaire est largement approuvée par l'opinion (76 % des personnes interrogées, selon un sondage réalisé au printemps 2004). Après les milieux « altermondialistes », infiltrés par les stratèges culturels islamistes, c'est au tour des mouvements antiracistes de faire l'objet d'une tentative de séduction et de canalisation. Certaines associations antiracistes ou de défense des droits de l'homme n'opposent aucune résistance à cette offensive : le MRAP, la Ligue des droits de l'homme et la Ligue de l'enseignement ont accepté de défiler « contre tous les racismes » avec des organisations islamistes le 7 novembre 2004 à Paris. Ces organisations « antiracistes » utilisent abusivement leur légitimité pour dénoncer comme « raciste » ou « islamolophobe » toute critique philosophique de l'islam - même dans ses dérives fondamentalistes - ou de pratiques dites musul­manes (concernant notamment les femmes), comme si seule une islamo-philie inconditionnelle était de mise. Il est bon de rappeler la ferme mise au point de l'écrivain canado-ougandaise Ershad Manji, auteur de Musul­mane, mais libre : « Le racisme dont souffrent les musulmans en Occident n'est rien comparé à ce que les non-Arabes endurent dans le monde arabe.

(p.4488) Ici, on ne leur oppose pas d'obstacles. Au contraire : on n'a pas le droit de critiquer trop durement l'excision des femmes, parce que "c'est leur culture"23. » La stratégie politico-culturelle des islamistes est de multiplier les tribunes et les lieux d'influence, à travers des conférences-prêches, des meetings ou des manifestations dites « unitaires » (qui les respectabilisent). Autant de formes tactico-strategiques à travers lesquelles sont poursuivis les objectifs d'une « idéologie totalitaire d'infiltration », dont la fin dernière est l'établissement d'un « État islamique mondial », conformément à l'utopie politico-religieuse des Frères musulmans24.

(…)

Entre 2001 et 2007, une quinzaine d'imams étrangers ont été expulsés du territoire français en prévention du terrorisme islamique. Début novembre 2007, dix-sept imams expulsables. dont de nombreux salafistes et proches des frères musulmans, étaient toujours sur le territoire français. Sous le coup d'un arrêté ministériel d'expulsion pour des prêches radicaux ou des comportements susceptibles d'attenter à la sécurité nationale, ils bénéficiaient de la protection d'asso­ciations musulmanes influentes. On sait par exemple qu'Ilyes Hacene, imam salafiste suivi de près par les services de police, a prononcé nombre de prêches « soutenant les Moudjahidines et fustigeant Israël et les États-Unis ». Mais cet incitateur dangereux n'en est pas moins soutenu par la Mosquée de Paris et par l'Union des organisations islamiques de France (UOIF)26.

 

(p.489) En Allemagne, le ministre social-démocrate de l’Intérieur Otto Schily, dénonçant la « béatitude multiculturelle »é qui conduit à nier les problèmes (dont celui du terrorisme islamique), a déclaré en novembre 2004 que son gouvernement était en droit d’ « attendre de tous les musulmans en Allemagne qu’ils s’investissent activement contre les instigateurs de l’islamisme ».

 

(p.491) Dans un enregistrement audio mis en ligne le 2 avril 2008 par As-Sahab, Ayman al-Zawahiri s’en prend aux Nations-Unies, dénoncées comme « l’ennemi de l’islam et des musulmans », et prédit que la défaite des Américains en Irak ouvrira aux guerriers du Jihad la voie de Jérusalem : « Nous promettons à nos frères musulmans (p.492) que nous ferons de notre mieux pour frapper les Juifs, en Israël et à l'étranger, avec l'aide et l'assistance de Dieu51. »

(…) En décembre 2005, les Frères musulmans ont fait une percée remarquable aux élections. Il en est allé de même au Liban, où les électeurs ont fait entrer le Hezbollah au gouvernement. Ce qui n'a nullement empêché la milice islamo-terroriste, soutenue et surarmée par l'Iran et la Syrie, de lancer le 12 juillet 2006 une opération meurtrière contre des soldats israéliens, provoquant ainsi la seconde guerre du Liban (12 juillet-14 août 2006). Les antisionistes radicaux occidentaux n'ont pas manqué de dénoncer l'inter­vention israélienne et de chanter les louanges du Hezbollah, pour sa « résistance héroïque » à l'armée israélienne. En visite au Liban début janvier 2008, Norman Finkelstein, connu pour sa dénonciation de « l'industrie de l'Holocauste », a rencontré Nabil Kaouk, commandant du Hezbollah pour le Sud-Liban, avant de déclarer lors d'une conférence de presse : «Je pense que le mouvement Hezbollah représente l'espoir. Ils combattent pour défendre leur patrie52. » La victoire du Hamas aux élec­tions législatives palestiniennes, en janvier 2006, confirme le dynamisme de la vague islamiste dans le monde musulman53. C'est donc par les urnes que s'impose en douceur le totalitarisme islamiste. C'est que la démocratie, comme système fondé sur des élections libres, ne suffit pas à garantir la liberté, et qu'elle a des effets pervers : même quand elle fonctionne bien, non seulement elle n'empêche pas la victoire de mouvements hostiles à la démocratie pluraliste, mais elle peut encore, en leur conférant une légiti­mité politique, contribuer à l'expansion des mouvements de type totali­taire. Aurait-on oublié la manière dont Hitler s'est approprié le pouvoir en Allemagne ? C'est par des élections libres que le démagogue bavarois est devenu le Fùhrer du Troisième Reich. Il faut parfois défendre la liberté contre les effets pervers de la liberté.

 

(p.493) Le grand romancier algérien Boualem Sansal rappelait judicieusement, en janvier 2008, que l'efficacité de la lutte contre l'islamisme tient à la mobilisation des musulmans eux-mêmes, éclairés par leurs théologiens et leurs intellectuels. Or les premiers se taisent et les travaux des seconds n'ont guère d'écho dans les masses musulmanes. Le tableau qu'offre la triste réalité présente du monde arabo-musulman suggère une vision pessimiste des évolutions futures : « La lutte contre l'islamisme, matrice du terrorisme, réclame un engagement des musulmans et de leurs théologiens. Il leur revient de sauver leur religion et de la réconcilier avec la modernité, faute de quoi l'islam finira par n'être plus que l'islamisme. Mais le danger dans les pays arabes et musulmans est tel qu'aucun théologien n'ose entre­prendre ce nécessaire travail d'ijtihad. Et les intellectuels qui s'y emploient avec talent dans les démocraties occidentales (Soheib Bencheikh, Malek Chebel, Mohamed Arkoun, Abdelwahab Meddeb...) ne sont guère entendus dans nos pays. Mon humble avis est que l'islam a déjà trop pâti de l'islamisme et du nationalisme arabo-musulman, je ne vois pas comment il pourrait reprendre le chemin des Lumières qui jadis fut le sien54. »

(…) il convient de ne point exclure du champ des possibles cette vision d'un avenir sombre : la double montée en puissance du courant neutraliste européen et du parti de la capitulation devant le terrorisme islamique, fêtant leurs fiançailles sur les ruines des liens transatlantiques et l'abandon d'Israël. C'est pourquoi aussi il importe d'inscrire la lutte contre la judéo-phobie mondialisée dans le cadre de la lutte contre la nouvelle menace globale : l'islamisme international. Ce dernier ne se réduit pas aux actes "7 terroristes que ses stratèges médiatisent mondialement avec habileté, il . mène une guerre culturelle faisant feu de tous bois. Le combat contre J l'islamisme radical doit être pluridimensionnel et sans compromis56. L'atti­tude frileuse des élites politiques et intellectuelles, en Europe, face aux mobilisations violentes initiées par les milieux islamistes exploitant le malaise provoqué par la publication des caricatures de Mahomet, montre que s'est insensiblement imposée la logique « plutôt verts que morts ». Dans un discours prononcé le 26 novembre 1938, quelques jours après la « Nuit de cristal » (9-10 novembre) organisée par les nazis, Léon Blum faisait remarquer à ses contemporains tentés par l'« esprit munichois » : « II n'y a pas d'exemple dans l'histoire qu'on ait acquis la sécurité par la lâcheté, et cela ni pour les peuples, ni pour les groupements humains, ni (p.494) pour les hommes57. » Cinq ans plus tôt, après la prise du pouvoir en Allemagne par les nazis, Joseph Goebbels s'était publiquement réjoui en tenant ces propos ironiques : « Cela restera toujours l'une des meilleures farces de la démocratie que d'avoir elle-même fourni à ses ennemis mortels le moyen par lequel elle fut détruite. »

L'aveuglement de la démocratie allemande n'est plus de saison. C'est la faiblesse et la pusillanimité de la communauté internationale - et de l'Europe au premier chef - qui, aujourd'hui, renforcent le camp des ennemis de l'Occident démocratique, au premier rang desquels apparaît l'Iran totalitaire, suivi par les réseaux protéiformes d'Al-Qaida. La sous-estimation de l'ennemi est l'opium des sociétés démocratiques. Face aux nouvelles menaces, nous devons conserver à l'esprit la remarque ironique de Goebbels, qui vaut comme un avertissement. Le devoir des défenseurs de la liberté n'est-il pas aujourd'hui de tout faire pour qu'un leader islamiste, après avoir pris le pouvoir dans un pays occidental, ne puisse un jour prochain se permettre de lancer de tels sarcasmes contre les démo­craties libérales ? Il faut imaginer l'impensable pour se donner les moyens d'éviter qu'il ne se réalise.

 

 

CONCLUSION

Occidentalisation polémique des Juifs et nouveau régime de judéophobie

 

(p.495) Dans le vieil antisémitisme à base ethno-raciale, le Juif était perçu * comme un « Asiatique » ou un « Oriental » particulièrement menaçant, donc comme un type racial étranger et hostile à toutes les nations européennes, et, plus largement, à la civilisation occidentale ou chré­tienne. Il s'agissait de le mettre à part, ou de le chasser des pays où il était censé vivre en étranger prédateur. Dans l'imaginaire « déracialisé », donc « post-antisémite », de la nouvelle judéophobie, le Juif est « désorientalisé », « désasiatisé » ou « désémitisé », et corrélativement « occidentalisé », pour être finalement désigné comme l'ennemi de tous les peuples (première figure) ou bien comme l'ennemi de la libération des peuples (deuxième figure) ou encore comme l'ennemi de l'islam et des musulmans du monde entier (troisième figure).

 

(p.496) Toutes ces accusations convergent vers une conclusion qu'on peut ainsi formuler : le peuple juif est un intrus dans le genre humain. Dans le vieil antisémitisme, les Juifs faisaient figure d'intrus dans les nations euro­péennes, de peuple en trop venu d'Orient, sans territoire, au sein de l'Occident chrétien. Amalgamés avec les Occidentaux, ils sont désormais traités comme des intrus au Moyen-Orient et, plus largement, dans la société mondiale. Doublement diabolisés en tant que « sionistes » et Occidentaux, ils sont rejetés comme le peuple en trop par excellence - ce que traduit la rumeur qu'Israël serait un État en trop. Un État-monstre, le seul à être supposé tel. Telle est la nouvelle matière symbolique exploitée depuis près d'un demi-siècle par les ennemis, déclarés ou non, des Juifs.

(…) Dans ses Remarques mêlées, Ludwig Wittgenstein ne cachait pas sa perplexité face à l'antisémitisme : « Si tu ne peux démêler une pelote, le plus sage est de le reconnaître ; et le plus honorable, de l'admettre. [Anti­sémitisme.] Ce que l'on doit faire pour guérir le mal «'est pas clair. Ce que l'on ne doit pas faire est clair cas par cas2. » Mais seul un esprit instruit par les enseignements ambigus du passé peut être véritablement attentif à I ce qui survient sans avoir été prévu.

 

 

(p.498) CHAPITRE PREMIER L'islamisme et ses ennemis : Juifs et « Croisés »

 

14.  Voir Matthias Kiintzel, Jihad and Jew-Hatred : Islamism, Nazism and thé Roots of 9/11, tr. améric. Colin Meade, préface de Jeffrey Herf, New York, Telos Press Publishing, 2007 (lre éd. allemande, Fribourg, 2002). À travers différentes études de cas (Hassan al-Banna et les Frères musulmans, le « Grand Mufti » de Jérusalem - le pro-nazi Haj Amin al-Husseini -, Sayyid  Qutb,  etc.),  Kùntzel montre  comment dans  le  monde  arabo-musulman, sous l'influence du nazisme et avec l'aide (notamment financière) des nazis, l'idéologie islamiste s'est formée, donnant naissance à la fois à la vision jihadiste de l'islam et à sa définition de l'ennemi absolu, le Juif (ou le «judéo-maçon »), l'Occidental moderne (libéral, démocrate, adepte de la laïcité ou partisan de la sécularisation) ou encore le «judéo-croisé », amalgame polémique du même type qu'« américano-sioniste ». Dans la même perspective, voir David Dalin, Pie XII et les Juifs. Le mythe du pape d'Hitler [2005], tr. fr. Claude Mahy, Perpignan, Éditions Tempora, 2007, p. 185-211 (chap. 6 : « Le Mufti d'Hitler : l'antisémitisme musul-man, et l'incessante guerre islamique contre les Juifs »).

 

(p.504) 82. Avant de lancer une attaque aérienne contre des cibles syriennes non identifiées, le 6 septembre 2007, les forces d'élite israéliennes auraient saisi du matériel nucléaire nord-coréen au cours d'un raid dans une base militaire secrète située au nord-est de la Syrie. Voir Corme Lesnes, « Interrogations à Washington sur des activités nucléaires nord-coréennes en Syrie », Le Monde, 18 septembre 2007, p. 4 ; « Israël a saisi du matériel nucléaire nord-coréen en Syrie » (d'après AFP), Le Soir en ligne, http://lesoir.be/actualite/monde/, 23 sep­tembre 2007.

 

 

(p.506) 112.   Robert Faurisson, Mémoire en défense contre ceux qui m'accusent de falsifier l'Histoire. La ques­tion des chambres à gaz, précédé d'un avis de Noam Chomsky, Paris, La Vieille Taupe, 1980 (achevé d'imprimer en novembre). Sur l'affaire Chomsky déclenchée par cet acte de caution­nement, voir Pierre Vidal-Naquet, Les Juifs, la mémoire et le présent, Paris, François Maspero, 1981, p. 280-289 ; Wemer Cohn, Partners in Hâte : Noam Chomsky and thé Holocaust Deniers, Cambridge, MA, Avukah Press, 1995 (en ligne : http://wernercohn.com/Chomsky.html) ; là., « Chomsky and Holocaust Déniai », m Peter Collier and David Horowitz (eds), The Anti­Chomsky Reader, San Francisco, Encounter Books, 2004, p. 117-158.

 

(p.512) 172.  Lettre en ligne sur le site Internet de Radio Islam, dirigé par l'islamiste et négationniste Ahmed Rami, qui diffuse aussi bien les Protocoles des Sages de Sion que les écrits de Robert Faurisson et de ses disciples, sans oublier La Question juive de Marx ni Le Juif international, recueil d'articles antijuifs attribués à Henry Ford (en fait, rédigés par ses proches collabora­teurs et les journalistes de son hebdomadaire antijuif, The Dearborn Independent, de mai 1920 à janvier 1922). Rami est un admirateur de celui qu'il appelle le « grand militant mujahid Roger Garaudy ». Voir Pierre-André Taguieff, Prêcheurs de haine, op. cit., p. 88-89, 475 (note 23), 780-781 (et note 428), 786-787 ; Laurent Duguet, « La haine raciste et antisémite tisse sa toile en toute quiétude sur le Net », Les Études du Crif, n° 13, novembre 2007, p. 10-13.

173.  Voir le compte rendu qu'en a fait Nicolas Weill dans Le Monde daté du 20 avril 1996 : « L'abbé Pierre soutient les aberrations négationnistes de Roger Garaudy ».

 

(p.630) 419.  Bruno Guigue, « Quand le lobby pro-israélien se déchaîne contre l'ONU », http:// www.oumma.com/, 13 mars 2008. À la suite de la diffusion de cet article, son auteur, sous-préfet de Saintes (Charent-Maritime), a été limogé par le ministre de l'Intérieur, le 19 mars 2008, pour avoir enfreint son devoir de réserve. Voir Le Monde, 25 mars 2008, p. 10 : « Sous-préfet limogé le 19 mars, M. Guigue écrivait depuis 2006 sur le site oumma.com ».

 

(p.644) 6. Gerald B. Winrod, 1940 ; cité par Charles Y. Glock and Rodney Stark, Christian Beliefs and Anti-Semitism, New York et Londres, Harper and Row, 1966, p. 107. Le révé­rend Winrod (1900-1957), directeur d'un journal antisémite significativement titré The Defender (allusion à son organisation « Les Défenseurs de la Foi chrétienne », créée en 1925), qui comptait près de 110 000 abonnés réguliers, fut, dans 1'entre-deux-guerres, un diffuseur très actif des Protocoles des Sages de Sion et un prédicateur dénonçant inlassablement la « cons­piration judéo-communiste ». Il est notamment l'auteur d'une brochure intitulée The Truth About the Protocols (1933), indéfiniment rééditée aux États-Unis par les milieux d'extrême droite, et plus particulièrement par les chrétiens fondamentalistes ; en ligne : http:// www.biblebelievers.org.au/truth.htm. Il affichait son admiration pour Hitler, qu'il compa­rait à Luther. Au milieu des années 1930, il résuma ainsi sa position vis-à-vis du nazisme ; « De tous les pays européens, l'Allemagne est le seul qui a eu le courage de défier l'occul­tisme maçonnique juif, le communisme juif et la finance internationale juive » (cité par Norman Cohn, Histoire d'un mythe, op. cit., p. 235). Voir Peter R. D'Agostino, « Winrod, Gerald B. », in Richard S. Levy (éd.), Antisemitism : A Historical Encydopedia..., op. cit., vol. 2, p. 772-773.

 

(p.664) 18 Jacques Chirac, par exemple, au moment où les banlieues étaient embrasées par la flambée de judéophobie liée aux débuts de la seconde Intifada, n'a pas hésité à déclarer à un éditeur juif : « Cessez de dire qu'il y a de l'antisémitisme en France. Il n'y a pas d'antisémi­tisme en France » ; http://www.amitiesquebec-israel.org/textes/antisemfr.htm. En 2004, Raymond Barre a également fait des déclarations publiques allant dans le même sens (voir infra, chap. 19). Ce déni de réalité a pris des couleurs « scientifiques » après que le journal Le Monde eut décidé de titrer d'une façon trompeuse une étude nuancée de Nonna Mayer, concernant les seuls sondages d'opinion : « La France n'est pas antisémite » (Le Monde, 4 avril 2002). Voir Pierre-André Taguieff, Prêcheurs de haine, op. cit., p. 228-229. Cet article était le texte abrégé d'une intervention de Nonna Mayer faite lors d'une table ronde organisée à Paris le 19 mars 2002, et qui portait le titre tout différent : « Nouvelle judéophobie ou vieil antisémitisme ? ». Elle y discutait notamment, comme il se doit, les thèses que j'avais présen­tées dans mon livre La Nouvelle Judéophobie, publié deux mois auparavant. Cet article, dont le contenu n'est nullement résumé par son titre, est devenu la référence rituellement citée par tous les « dénégateurs » de la vague judéophobe en France. Voir par exemple Pierre Tévanian, La République du mépris. Les métamorphoses du racisme dans la France des années Sarkozy, Paris, La Découverte, 2007, p. 23.

 

 

 

22:58 Écrit par justitia & veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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